
En sursautant de colère, je hurlai.
- Qu’est-ce qu’elle veut ma mère ? Hein ?
Elle me prit les deux bras, et en souriant pour me calmer.
- Écoute, on est tous désolé pour ton amie, mais tu n’as pas le droit de continuer de t’infliger tant de souffrance et de peine ! et en me caressant la main, je vais me marier cet été, et je désire revoir ma sœur, la rigolote et farfelue, qui me partagerait ma joie et mon bonheur et donc tu devras passer quelques mois auprès de notre mère, quelques mois qui te feront du bien !
En tirant mes mains, d’un geste coléreux.
- Je n’irai nulle part !
Dix jours plus tard, je fus en plein cœur de Londres, dans le quartier de Chelsea, à l’intérieur d’une humble demeure, à l’ancien style victorien ; avec deux femmes ou plutôt deux mamans, d’une petite fille adoptive, de six mois ; un joli bébé d’origine vietnamienne, qu’elles élevaient ensemble, avec tant d’amour et de tendresse.
Je fis finalement la connaissance, de la femme fatale, pour qui notre mère a tout laissé derrière elle ; son mari, ses enfants, sa famille, le luxe dans lequel elle vivait, son pays, et tout, vraiment tout, au nom d’amour.
La première semaine de mon arrivée était très difficile pour moi ; avec les changements radicaux climatiques, qui font fendre les lèvres, tant de neige et d’horizon argentin, à la longueur de la journée, dans un pays où le soleil n’apparut que timidement, et rarement, pour réchauffer des cœurs froids.
Pour les toutes premières journées, elle était en déplacement pour son job, ce n’est que la veille du mon premier samedi là-bas, que je la découvris.
Une belle femme, forte, très élégante, aux yeux bleus, pleine de vie, peu bavarde. Elle ne fut pas surprise ni stressée par ma vue ; en fait, c’était elle qui a proposé à ma mère de m’inviter passer les vacances d’hiver chez elles.
C’était une femme, qui communiquait trop avec ses yeux, elle avait un regard super communicatif, avec lequel elle pouvait lire dans les pensées.
Ce samedi, j’étais comme d’habitude, renfermée dans ma coquille de détresse et de tristesse, assise dans le salon sur un tabouret face, à une cheminée qui flambe, les yeux, tournés vers la grande fenêtre chargée de givre, et donnant une vue superbe sur la rue.
Ma mère, s’approcha de moi, et tira, une chaise, pour s’asseoir prés de moi, tout en me donnant une belle tasse de thé, bien chaude.
- Alors jusqu’à quand vas-tu garder le silence ?
Je bus un peu de thé, sans prononcer le moindre mot, alors elle tenta de nouveau de me stimuler.
- Tu ne veux pas faire la connaissance d’Yvonne ?
Je levai à peine, l’œil, et je murmurai.
- Je veux retourner chez moi !
Elle se mit à me caresser les cheveux, puis reprit.
- Je sais que t’es en colère et que tu te sens coupable pour ce qui est arrivé à ton amie…
Je lui coupai la parole, en explosant de colère.
- Je l’ai tué !
- Non, tu ne l’as pas tué ! elle est encore en vie !
En craquant, je criai, d’une voix étranglée des pleurs.
- C’est un corps sans âme ! une fleur fanée !
Ma mère me serra dans ses bras tendrement et se mit, à jouer avec mes cheveux en me chuchotant.
- Il faut que tu craques ! ça te fera du bien pour faire sortir toute cette colère en toi !
En sentant, la tendresse maternelle, dont j’étais dépourvue pour des longues années, j’éclatai, en sanglots, jusqu’à ce que mes yeux s’assèchent. Pour me consoler, ma mère, se mit à me serrer, doucement, entre ses bras, tout en fredonnant, un extrait d’une ancienne chanson, qu’elle me chantait souvent, quand j’étais une gamine, pour que je puisse dormir, moi, qui avait des difficultés à trouver le sommeil, depuis mon jeune âge.
Une fois, calmée, je me sentais mieux, comme si je me suis débarrassée d’un lourd fardeau collé sur mes épaules, je me sentais, plus légère, plus relaxée, et surtout en sécurité.
Il y eut un moment de silence et de convalescence, auquel l’arrivée d’une troisième personne vint faire une heureuse diversion. Cette personne, était la partenaire de maman, Yvonne, qui attendait, depuis tout à l’heure, dans sa chambre, le bon moment pour venir me voir, et se présenter.
Elle se maintenait donc debout, en tenant la petite Tina, puis en levant la main de sa fille d’un ton complaisant.
- Dis bonsoir à Sandra !
En voyant la petite, ce bout de chou, remuer sa minuscule main, et sourire ; un sourire, innocent et spontané se traça, sur mes lèvres ; un sourire que je crus disparaitre pour toujours.
Je passai par la suite, six merveilleux mois, en compagnie de ma mère et sa partenaire. Six mois, pendant lesquels, leur amour et leur complicité me donnèrent gout à la vie, et m’encouragèrent à cramponner, de toutes mes forces, la vie, car on ne vit qu’une seule fois, et qu’une seule destinée.
Vers la fin de juillet, j’assistai au mariage de ma sœur, dans un luxueux hôtel à Kantaoui, elle était tellement belle, dans sa robe de mariée, côte à côte avec son mari, qui avait les yeux vacillants de joie et de bonheur, d’avoir épousé la fille qu’il aimait.
Bilhssan jouait au photographe avec sa petite caméra vidéo. Joyeux et tellement heureux pour le bonheur de sa grande sœur, il se dirigea vers moi, qui étais assise, dès le commencement de la soirée. Il me tira de la main, en criant.
- Allez Sandra ! je vais te prendre en photo avec Sana !
Je m’approchai donc de ma sœur, on échangea un beau sourire, et elle se mit debout et mit sa main sur mon épaule puis colla sa tête à la mienne, et Bilhssan prit cette photo.
Trois ans plus tard, Bilhssan prit une nouvelle photo de moi et ma sœur, mais cette fois-ci en inversant les rôles. J’étais moi, la mariée, vêtue d'une belle robe blanche en dentelle, épousant Helmi, le fougueux amoureux.
Ensemble on eut une petite fille, qu’on appelait Nadia ; une fille que j’enveloppai avec tant d’amour et de passion, et qui me rappelait sans cesse l’amour de ma vie, que je n’oublierai jamais.
Quelques mois après la naissance de ma fille, la famille de Nadia, n’ayant plus de foi en sa guérison et pour des raisons économiques, décida, finalement de la débrancher. Et Nadia partit paisiblement, et en silence, vers le ténébreux royaume de la mort.
la fin














