
Est-il ordinaire de n’avoir aucune réaction suite à une telle révélation foudroyante ? Est-il possible de rester calme, de contempler son visage heureux, ses yeux vacillants avec tant de plaisir emportement et triomphe, de perdre la partie sans profaner le moindre mot ?
Montrer sa colère, sa déception, éclater en sanglots furent, des manifestations naturelles de la faiblesse humaine, mais baisser la tête, et s’enfermer dans la salle de bain, sans voix, sans larmes ou le moindre souffle, ce n’était pas une réaction saine d’un cœur déchiré.
Les murmures et les glouglous de l’eau de la baignoire se mélangeaient avec leurs cris hargneux et colériques.
- Tu n’as pas honte du tout ! s’écria Oumayma.
- Elle voulait me faire chanter et puis elle ne voulait pas mettre fin à notre relation.
- T’aurais pu attendre un peu, pas précipiter tes fiançailles, elle est hyper épuisée moralement, tu n’as pas de cœur du tout, et tu ne l’as jamais aimé !
Nadia, ria et se justifia en se moquant.
- Elle a toi, tu as le champ libre maintenant, tu peux sortir avec elle en tant que petite amie !
- T’es vraiment une salope et une sale hypocrite, pendant tout ce temps-là tu sortais uniquement avec elle pour t’amuser et manger dans les restaurent les plus chics que de toute ton existence tu n’aurais la chance d’y mettre les pieds !
- Ouais c’est ça !
Puis leurs voix disparaissaient peu à peu, en plongeant ma tête complètement dans l’eau une fois allongée dans la baignoire, toute habillée.
Quatre heures plus tard, encore, toute mouillée, dans mon bain moussant, les cris d’Oumayma commencèrent à me perturber. Elle ne cessait de frapper à la porte et de me chialer pour que je lui ouvre la porte.
Pour me débarrasser de sa voix assourdissante, je sortis un petit moment de la baignoire, et j’ouvris la porte si vite. Illico, elle surgit devant moi, et fixa ses yeux sur mes vêtements trempés qui se dégouttaient.
- Tu te laves toute habillée ?
Sans répondre, je revenais dans mon bain moussant et en laissant l’eau coloniser la totalité de mon corps.
- Je me purifie !
Elle s’approcha de moi et mit la main sous l’eau quelques secondes puis reprit en m’éclaboussant avec quelques gouttes.
- Avec de l’eau froide ? Puis en me tenant le bras fermement, allez sors, je ne désire pas que tu prennes froid et que tu passes une semaine dans le lit pour une fille qui ne t’aime pas !
- Elle est encore là ?
Elle riait, avec dédain et reprit.
- Apparemment t’as fermé l’œil quelques heures ! elle est partie une demi-heure après son arrivée, c’est une sale hypocrite et cupide !
Puis en me caressant le visage tendrement.
- Mon pauvre chou, t’es toute bleue du froid ! puis en grinçant les dents, elle va le payer, je te le promets, puis en m’aidant à me lever, allez va te changer et je vais te préparer une soupe bien chaude !
En souriant faiblement.
- Mais tu ne sais pas cuisiner ?
- Je vais essayer de la préparer pour toi ! dit-elle en riant.
En m’emballant dans une serviette je me demandai, d’une voix à peine entendue.
- Tu comptes faire quoi ce soir !
- Je n’ai rien à faire, je vais m’inviter à passer le soir avec toi !
En essuyant le visage, je murmurai.
- Non, on va sortir ce soir, in ira en boite et on dansera jusqu’à l’aube ! j’ai tellement envie de m’éclater !
Elle me regarda bizarrement et reprit.
- T’es sure de ce que tu dis ?
En traçant un large sourire, pour tenter de dissiper les premiers symptômes d’une dépression.
- Ouais parfaitement sure ! puis en en plongeant mon regard dans le sien, appelle Helmi, et demande-lui s’il désire nous accompagner ce soir ! dis-lui que Sandra insiste sur sa présence !
Le soir vers 22 h 30, comme au bon vieux temps, lors de nos soirées disjonctées, on se réunissait dans la boite du Gammart. Helmi était venu le premier, et était tellement content de pouvoir passer la soirée avec moi. Oumayma avait invité aussi son petit copain, et n’a guère perdu du temps pour se laisser manipuler par la musique de house sur la piste du dance.
Une fois en tête à tête, Helmi s’approcha de moi, excité avec plein de paroles sur les lèvres.
- Je suis tellement content que tu m’as invité ce soir !
En souriant pour ne pas pleurer, car je n’arrivais plus à me contrôler.
- Moi aussi, je suis contente de te voir !
- C’est vrai ! s’écria-t-il pour que je puisse l’entendre.
- Oui.
- Tu sais, depuis que je t’appelais et que tu refusais de décrocher j’ai failli perdre l’espoir !
En laissant un soupire triste s’échapper.
- Je suis désolée, je ne me sentais pas bien !
- Oui, je te comprends ! puis en me caressant la main tendrement, je ne fais que penser à toi tout le temps, ton image me hante l’esprit !
En rigolant, je répliquai.
- J’espère ne pas devenir un fantôme !
Il ria, et continua amoureusement.
- Je t’aime tellement surtout lorsque tu souris ! t’as un sourire à mourir !
- Merci !
- Non, ne me remercie pas c’est la vérité ! puis en me faisant une œillade, tu vois tous ces mecs-là, ils ne cessent de te mâter ! mais je suis bien fier d’être le seul parvenu à sortir avec toi !
Je souris sans profaner le moindre mot jusqu’à ce qu’il reprit de la même excitation.
- Tu ne m’as pas répondu l’autre fois ? Est-ce que t’es 100% célibataire ou t’as quelqu’un partiellement ?
- Je n’ai personne ! dis-je sans pouvoir battre l’amertume qui m’étranglait au fond de ma gorge.
- Cool ! s’écria-t-il comme un petit enfant, puis en me fixant de ses yeux, alors si je me présente pour demander ta main, tu serais d’accord !
- Pardon ? m’écriai-je surprise.
Il sembla un petit moment perturbé et marmotta avec hésitation.
- Ce n’est encore qu’une suggestion !
- C’est encore tôt pour en discuter ! dis-je en suivant des yeux mon amie Oumayma.
- Oui t’as raison ! je suis désolé ! puis sans se reposer, alors qu’est ce que t’en dit d’un diner romantique ?
- S’agit-il d’une invitation ?
Un peu timide, il reprit joyeusement.
- Ou plutôt une opportunité pour qu’on s’apprenne à se connaitre encore plus ! puis en me suppliant, je t’en prie ne dis pas non !
Rieuse, je murmurai.
- OK !
En fait je m’efforcerai à me montrer forte devant tout le monde, de faire comme si de rien n'était ; comme si je n’ai pas un cœur sanglotant, me déchirant l’âme, ou comme si l’indignation ne m’a pas allumé la face, ce visage engourdi et froid.
Cependant, je ne pus enlever Nadia, de mon esprit ni dormir convenablement le soir sans avoir recours aux calmants. J’avais tracé un emploi de temps, un peu spécial pour moi, des nuits entières à se déchainer dans les boites et les restaurants ou à passer des soirées pyjamas avec mon amie, et mes journées étaient consacrées à Nadia, à la suivre comme son ombre où elle allait, seule ou accompagnée.
Pour quatre jours successifs, je ne faisais que la suivre elle et son fiancé, qui commençait à prendre la fâcheuse habitude de l’attendre devant la sortie de son travail, toujours aussi galant, avec une rose à la main. Il l’emmenait toujours, manger, dans le même restaurent et se baladait soit au lac soit au centre-ville du Tunis, toujours la main dans la main, comme un jeune couple heureux.
Un jour, je décidai de faire surface, et de me montrer après une belle période d’inspection. C’était jeudi, deux jours avant leurs fiançailles. Il était debout, le dos collé au mur extérieur de l’agence. Je sautai, vite de la voiture et je m’approchai de lui.
- Salut Ahmed !
- Hey, Sandra, quelle surprise ! s’écria-t-il en traçant un large sourire sur ses lèvres.
- Tu attends Nadia ?
- Oui, on va manger ensemble ! puis en me regardant tu veux nous accompagner ?
- Non, non, merci, j’étais du passage, puis en cachant mon sourire, alors après demain c’est le grand jour !
Il tenta de rigoler en disant.
- Le grand jour c’est le mariage, c’est plutôt le petit jour !
En m’efforçant de rire, je disais.
- Ah, ouais t’as raison ! puis sans perdre encore du temps, alors comment t’as fait pour la convaincre à changer d’avis ?
- Pas grand-chose, mais elle m’a dit qu’elle a bien réfléchi ! puis d’un air joyeux, je l’aime beaucoup et j’étais tellement content lorsqu’elle m’a accordé une deuxième chance ! je crois qu’elle m’aime encore comme avant!
- T’es sur ? dis-je d’un ton provocant.
Mon interrogation émut Ahmed d’une extraordinaire façon, son sourire s’évapora et ses yeux perdirent vite leurs éclats.
- Qu’est ce que tu veux dire par là ?
- T’étais au courant qu’elle a eu le béguin pour un certain Ghassen ?
Il dessina un joli sourire, et répondit plus à l’aise.
- Oui, elle m’a tout dit, et c’était pendant notre séparation ! puis de sa fierté masculine, de toute façon, je serais l’unique homme dans sa vie et l’unique homme à qui elle offrira son corps !
Je me mis à rire, d’une voix hausse et insolente, et je sentais sa montée de tension et tout d’un coup il me tint le bras violemment et s’écria.
- Pourquoi ris-tu ?
En continuant mon rire.
- Parce que tu seras peut-être l’homme qu’elle épousera, mais pas le premier avec qui elle fait l’amour !
- T’es une menteuse ! hurla-t-il en me serrant encore plus fort.
En relâchant ma main, furieusement.
- Je ne suis pas une menteuse ! c’est la vérité !
- Avec qui elle a couché ? s’écria-t-il en me secouant les épaules, furibond.
- Avec moi !



2 commentaires:
secret est révélé.C’est vrai que ce n’était pas mission impossible pour nadine (la possessive et jalouse!!!)
faut pas trop s'emballer en amour:p
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