
Je n’avais aucun regret ni remords pour ce que j’ai fait. J’étais heureuse que Ahmed ait baissé les bras, juste au premier obstacle ; qu’il n’ait fait aucune preuve d’amour, ou de sacrifice pour épouser la fille qu’il aimait. J’étais ravie, et tellement joyeuse, que mon amour pour elle fut plus fort que sa soi-disant passion.
Une victoire, inattendue, mais ressentie ; je savais profondément qu’une telle révélation ne peut le laisser indifférent ; j’avais lu sa déception et son indignation sur ses yeux ; sa tristesse soudaine m’avait fait signe de ses mauvaises intentions, mais je me suis dit que par amour il aurait pu négliger son amour propre, et il s’avérait qu’il ait beaucoup d’estime pour sa propre personne, que d’amour pour sa bien-aimée.
Tout le monde semblait ébahi, par la mauvaise nouvelle, et eut de la compassion pour Nadia et sa famille. Quant à moi, je restai, calme, clouée sur ma chaise, la conscience tranquille, buvant ma tasse du café.
- Tu ne sembles pas touchée par la nouvelle ? s’écria ma sœur, en levant ses sourcils.
- Mais si je le suis ! dis-je à contrecœur .
Et Bilhssan, intervint ému.
- La pauvre ! quel scandale !
Et Soukayna murmura, en mordant sa lèvre inférieure.
- J’imagine les dépenses de la coiffeuse et de la robe de fiancée, pour un tel fiasco ! les pauvres, quelle honte !
Sana retint son rire, et répliqua.
- Sa sœur semblait très émue, elle était brève avec moi, et m’a dit uniquement ce que je vous ai raconté sans entrer dans les détails !
Bilhssan me regarda lentement puis m’interpela.
- Tu devrais l’appeler et voir comment elle va ! c’est ta meilleure amie je suppose !
Sana fit plus rapide que moi et prit la parole en se moquant.
- Elles ne sont plus des bonnes copines, c’est pour cela que j’ai dit que ce n’est pas une si mauvaise nouvelle pour Sandra ! et en me regardant avec dédain, n’est-ce pas sœurette ?
Mon père nous partagea la conversation en se demandant.
- Je ne vois pas pourquoi ta sœur se réjouirait du malheur de son amie ?
Pour provoquer ma sœur, je repris d’un air sacripant.
- Moi non plus, et elle oublie souvent que je ne suis pas elle pour être contente des malheurs des autres !
Sana, me sourit, son sourire désagréable plein de rancune et se taisait. Mon père but un peu de son café puis en adressant la parole à Bilhssan.
- Alors, t’as obtenu le bulletin numéro 3 ?
- Oui, c’était vendredi !
- C’est bien ! dit papa, en souriant, il ne reste qu’attendre le visa !
En traçant un faible sourire sur mes lèvres.
- Alors, Billy nous quittera bientôt ?
Il se mit à rire, à voix basse, et badina.
- Par pour longtemps, je reviendrai surement durant les vacances !
- Tu entameras quand alors tes études à HEC Montréal ?
- Dans la session d’hiver, à partir du premier janvier !
Sana murmura, un peu émue.
- Ah, c’est pour très bientôt alors !
- Oui, dans un mois ! s’écria mon frère, très excité.
Soukayna, souriante ajouta.
- J’espère que tu seras sage là-bas !
Moi et Billy, on échangea des regards moqueurs puis on éclata de rire jusqu’à ce que mon père toussait intentionnellement pour mette fin à notre manque de respect à l’égard de notre belle mère puis reprit en adressant la parole à Sana.
- Alors ma fille, tu sors encore avec ce garçon ?
Sa question nous intrigua tous et ma sœur, rougissait faiblement et sembla gênée voir perturbée par son interrogation pas innocente du tout.
- On traverse quelques problèmes pour le moment ! dit-elle, très intimidée.
Sans jouer le juge d’instruction, pour l’interroger sur les causes de ces problèmes momentanés il sauta vite au cœur du sujet.
- Tu connais certainement Houssine Zarrouk ?
- Houssine Zarrouk ? s’exclama-t-elle, en ouvrant largement ses yeux.
Et là, en me rappelant de ce monsieur, j’intervins.
- Ce n’est pas le propriétaire de la chaine hôtelière RAMSSIS ?
- C’est lui ! voilà, une de mes filles, qui connait des noms dans le domaine du business ! s’écria mon père, d’un ton fier.
Le visage palissant, Sana, s’interrogea, en imaginant le pire.
- Pourquoi parles- tu de lui père ?
Sans prolonger le suspens, mon père répondit en la fixant de regard.
- Il veut se présenter pour demander ta main ! il t’a aperçue lors d’un mariage des voisins et tu lui as plu !
- Quoi ? Cria ma sœur effrayée, je suis fiancée père !
- Non, tu ne l’es pas ! tu n’as pas une bague en main ni officiellement avec ce garçon pour les gens !
En contemplant le visage de ma sœur, qui prit un arc en ciel de couleurs mélancoliques.
- Il n’est pas un peu vieux pour elle, papa ? J’ai entendu parler qu’il a la cinquantaine ?
- Il a tout juste 52ans !
Ce fut un choc intense pour Sana, alors elle hurla, plaignante.
- Je ne suis pas si désespérée père ni une vielle fille ?
- T’as 25ans, tu n’es non plus une petite fille ! s’écria mon père, en levant sa voix gravement puis en tentant d’atténuer les tensions, puis c’est un homme sportif, qui a l’air d’un trentenaire, et il ne s’est jamais marié de sa vie ! il a passé toute sa jeunesse à bosser pour devenir si riche et puissant comme il l’est actuellement, tout comme moi !
Elle poussa sa chaise furieusement et cria, les yeux brûlants de colère.
- Je ne veux pas épouser une copie de toi, père !
Puis partit en pressant le pas, et on entendit le claquement violent de sa porte. On resta tous, silencieux un long moment jusqu’à ce que mon père reprit en essuyant sa bouche, très énervé.
- Comment ose-t-elle me parler sur ce ton ?
Soukayna lui tapota l’épaule tendrement pour le calmer puis murmura, en poussant sa chaise en arrière.
- Ne t’énerve pas mon chéri, je vais lui parler !
Elle partit par la suite à son tour, et on resta nous trois, un bon moment ensemble, puis on quitta la table un à un, dans un silence absolu.
Sana passa le reste de la journée enfermée dans sa chambre ; j’entendis ses pleurs et ses soupirs, de la mienne. Puis Soukayna surgit subitement devant moi, et me supplia de tenter de calmer ma sœur et de voir si je peux la convaincre, pour qu’elle change d’avis concernant ce monsieur.
Sans trop m’investir dans la conversation avec ma belle mère, je me dirigeai vers la chambre de ma sœur puis en poussant la porte doucement, je la voyais assise sur le bord de son lit, le visage enterré entre ses mains, et pleurant amèrement.
Je pris mon souffle puis je m’assis près d’elle et en caressant ses cheveux.
- Je ne vois pas pourquoi tu pleures, de toute façon, si tu ne veux pas de ce monsieur, tu n’as qu’à refuser !
Elle leva la face, et me regarda tristement puis murmura, d’une voix entrecoupée par ses pleurs.
- Mehdi m’a largué hier, je lui ai appelé ce matin, mais il refusait de décrocher !
Un sourire, involontaire, se dessina sur mes lèvres et je continuai.
- C’est mieux comme ça ! mais est ce que je peux savoir pour quelle raison ?
Elle hésita un moment puis en baissant les yeux.
- Il m’a dit qu’il ne m’aimait plus et qu’il ne désirait pas épouser la fille d’un homme qu’il ne l’appréciait pas !
En la serrant dans mes bras tendrement.
- Chut ! ce n’est rien ! toute séparation est difficile à son début !
Elle se débarrassa de mes bras puis s’écria, frustrée.
- J’ai tellement peur Sandra !
- Pourquoi ?
En éclatant en sanglots.
- Ça fait deux mois que je n’ai pas eu mes règles ! j’ai peur d’être enceinte !



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