lundi 21 septembre 2009

fille de bonne famille:épisode21: L'autre facette

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C’est tellement hallucinant, l’effet de la surprise, surtout les surprises du poids lourd. C’est fou, ce qu’on change d’expression corporelle en une fraction de seconde. Son orgueil, son insolence et son agressivité disparaissaient subitement, et un tourbillon de tristesse, de faiblesse, et d’indignation prit vite le contrôle de son visage.
On échangea, les regards, un long moment. Il avait une étrange manière, de me regarder ; il me regardait avec une certaine crainte, mépris peut-être ou peur. Je le sentais si minuscule, et blessé. Les pleurs, se bloquèrent entre ses cils, une rougeur sombre émana de ses joues et les paroles se coincèrent au fond de sa gorge, et n’osèrent sauter de ses lèvres.
Ses yeux me dictèrent qu’il voulait crier, manifester sa colère et ses mains, qui tremblèrent comme un électrocuté, me firent la sensation qu’il voulût me gifler, m’agresser peut-être ou même me tuer. Mais, il resta immobile sur place ; sa voix absente, et sa respiration lente et lourde.
Au fond, j’étais heureuse. Oui, oui, très joyeuse même, de le voir souffrir autant devant moi, de le voir si petit, si fané, si réprimandé et humilié.
Après ce coup de tonnerre, il baissa la tête et s’en alla. Je le suivis du regard, il arrêta vite un taxi et partit, je ne sais où pour rester en tête à tête avec sa tristesse accablante.
Une fois parti, je m’engouffrai dans ma voiture, garée à vingt mètres de l’agence. Allumant une cigarette, j’attendais, avec impatience et malveillance, la sortie de Nadia. Une demi-heure après, le spectacle fabuleux de ma vengeance commença. En sortant du local, elle s’arrêta sur place, et tourna sa tête dans tous les sens, cherchant son pauvre fiancé. Elle avança par la suite quelques pas, s’approcha de la station de métro, et continua, en vain, ses recherches visuelles.
Quelques minutes plus tard, elle saisit son GSM et le colla à l’oreille. Elle resta un long moment ainsi, tentant de le rejoindre, une fois, deux, et trois puis d’un geste énervé, baissa le combiné et l’endossa dans son sac à main. L’air intrigué et inquiet, elle s’arrêta de nouveau devant la porte de l’agence, le dos collé au mur, et les mains croisées, attendant désespérément, l’arrivée de son homme.
En allumant la cinquième cigarette, une heure exactement du spectacle s’acheva. Avec le coucher de soleil, Nadia, comprit, enfin, l’inutilité de son attente, et en levant sa main, arrêta un taxi puis disparaissait à son tour.
Le soir, pour fêter ma victoire, j’acceptai la sixième invitation successive de Helmi dans l’un des plus glorieux restaurants de la capitale. Oumayma avait raison, à son propos, après tout, c’était un mec bien, galant, et bien élevé, et qui m’aimait sincèrement. Comme d’habitude, il ne cessait de me déclarer son amour, et de me causer avec la même excitation et passion d’un amoureux.
Comme d’habitude aussi, il m’avança, timidement, son intention de demander ma main puis les yeux, fixés sur moi, et le cœur battant attendait ma réaction.
Après un lourd moment d’attente torturant, je pris mon courage à deux mains et je parlai.
- Il est encore tôt pour évoquer ce sujet Helmi !
- Je ne te demande pas grand-chose bébé, uniquement si tu acceptes l’idée des fiançailles !
En hochant la tête, embarrassée.
- J’ai une peur bleue de l’engagement !
- Pourquoi ?
- Parce que le mariage de mes parents était un vrai fiasco, et je ne désire pas revivre ça !
Il sourit, pour que je me sente à l’aise avec lui puis en me caressant la main tendrement.
- Ça arrive les échecs dans beaucoup de couples mariés, et l’échec du mariage de tes parents n’implique pas l’échec de ton potentiel mariage.
Le regard triste, je murmurai.
- Mon papa a tellement souffert à cause de ma mère, et en avalant ma salive, nous aussi on a tellement souffert de l’absence de notre mère durant notre adolescence, et en baissant me tête, ma mère aussi, a eu sa dose de peine durant son mariage, elle a vécu avec un homme, qu’elle n’aimait pas et qui avait presque la moitié de son âge…
Il me coupa la parole en disant.
- Mais ce n’est pas le cas avec nous ma puce ! moi je t’aime, et puis je n’ai que trois ans de plus que toi !
- Mais moi, je ne t’aime pas comme tu le crois! m’écriai-je, doucement.
- Pourquoi tu dis ça ? t’es peut être pas amoureuse autant que moi, mais je sais que tu m’aimes !
En allumant une cigarette, je repris.
- J’ai besoin de temps Helmi !
- Prend tout ton temps ma puce, et je t’attendrais toute ma vie s’il le fallait ! s’écria-t-il amoureusement.
A maintes reprises, je voulais lui dire que je ne méritais pas tout son amour innocent, que je n’étais pas un ange non plus, mais surtout, que mon cœur n’était pas encore guéri de son incurable maladie, appelée Nadia ; que je ne cessai d’étouffer les pleurs sanglotants sur mon oreiller le soir, que je ne cessai non plus de casser tout ce qui tombait devant moi, à la maison, qui devenait un vrai champ de bataille, et que je n’arrivai pas à m’endormir qu’en avalant un lot de comprimés.
Comment pourrai-je l’aimer et l’épouser alors que je suis encore malade et déprimée. Comment pourrai-je prononcer le mot je t’aime, pour éteindre sa flamme passionnelle, alors que Nadia, me hantait l’esprit et que son amour me rendait sourde et handicapée sans voix, ni force de composer des mots tendres.
Comme d’habitude, je gardai le silence sur son sujet, et je me contentai d’écouter ses bavardages et ses déclarations d’amour infinies.
Le samedi, vint timidement, comme ayant de la peine pour moi. Et je décidai de le passer en famille, à Sousse, tentant désespérément d’apaiser ma douleur. Je savais que Ahmed l’aimait, follement, et qu’il a surement bien réfléchi au sujet, et que pour me battre et me mettre ko, il était prêt de laisser sa dignité, à part, et d’épouser la fille qu’il aimait depuis des années.
À la maison, et avant de rejoindre ma chambre, j’entendis des pleurs provenant de la chambre de ma sœurette. Sans frapper à la porte, je m’approchai d’elle puis en posant doucement ma main sur son épaule.
- Qu’est-ce qu’il y a Sana ?
Quand elle m’aperçut, elle essuya vite ses larmes et s’assit sur le divan, et me dit à demi-voix.
- Ce n’est rien !
- Pourquoi pleures-tu alors ?
- Ça ne te regarde pas alors occupe toi de tes affaires ! et en me regardant méchamment, tu devrais par contre assister les fiançailles de ta chère bien-aimée, et en traçant un sourire malveillant, à cet instant, il est fort probable qu’il est en train de lui faire porter la bague, je me demande pourquoi t’étais pas invitée ? Moi personnellement, Iman m’avait invité !
En serrant très fort mes dents, je criai.
- T’es une vraie salope !
Puis je quittai sa chambre et je m’enfermai dans la mienne, toute la soirée, pleurant silencieusement sur mon lit. Le lendemain, matin, on descendant l’escalier, je trouvai, toute la famille, réunie, autour de la table à manger, en train de prendre le petit déjeuner.
En saisissant ma chaise, sans dire bonjour, je remplissais mon verre du jus puis Sana, m’adressa la parole, sans trop attendre.
- J’ai une nouvelle à t’annoncer !
Bilhssan, badinant lui coupa la parole.
- S’il te plait, attends qu’on en finisse avec le petit déjeuner !
- Non, ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour Sandra ! et en me fixant de regards, j’ai appelé Iman ce matin, et devine ce qu’elle m’a dit !
Puis en éclatant de rire.
- Il parait que les fiançailles n’ont pas eu lieu, et que le fiancé et sa famille ont posé un lapin à ta chère amie !

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