
Fumer, pleurer et boire furent mon plat principal, le reste du dimanche. Je n’avais pas du cannabis, pour voyager dans un autre monde alors je me suis contentée des quelques cigarettes restantes dans le paquet, j’ai aussi emprunté de Monji, quelques cigarettes ; de Mahbouba aussi ; j’ai découvert, par hasard, qu’elle fumait.
J’ai pleuré aussi jusqu’à ce que mes larmes se sont asséchées, et que je n’avais plus de pleurs à verser le reste du jour. Quant au fait de boire, j’ai piqué les quelques bouteilles de vodka cachées dans le bureau de mon père ; les bouteilles de champagne et de whisky étaient mises dans un coffre fort ; c’était son trésor à lui, qu’il ne veut partager qu’avec les hommes d’affaires les plus puissants.
Je ne voulais pas sortir de chez moi, je me suis assise au jardin, autour d’une table, les yeux fixés, sur le portail ; où Nadia m’a quitté en me demandant de l’oublier, en m’annonçant que tout était fini entre nous et surtout qu’elle n’était pas lesbienne.
Moi aussi, ma chérie, je ne suis pas homosexuelle, pourtant je t’aimais, t’étais tout pour moi ; l’oxygène que je respire, ma raison d’être. T’étais vraiment tout pour moi, et mon unique crime fut l’amour que je portais pour toi.
C’était le dialogue qui passait dans ma petite tête. Comme elle n’était plus avec moi, je me suis mise à lui adresser la parole dans mon esprit. Elle ne pourra pas s’échapper de mon esprit, de mon cœur, aussi facilement.
Elle pourrait me quitter dans la vie de tous les jours, mais elle resterait la prisonnière de mon cœur brisé, elle restera l’amour de ma vie. Elle ne pourra pas tuer mon grand amour pour elle, elle ne pourra pas égorger la femme amoureuse, en moi.
Le cellulaire, en main, j’entendis la mélodie de Tunisiana, chaque fois que j’essayais d’entrer en contact avec elle et que j’échoue.
- Le numéro demandé est injoignable pour le moment, veuillez rappeler ultérieurement.
Par moment aussi, cette mélodie, changea et devint.
- Le numéro demandé est éteint pour le moment.
De toute façon, c’était pareil pour moi ; injoignable ou éteint ; tout m’assurait qu’elle ne voulait plus de moi, que cette fois-ci, elle fut sérieuse, et que ce n’était pas qu’une simple crise de colère, foudroyante.
C’était la fin de notre romance, de notre belle histoire d’amour, la fin d’une belle époque de ma vie ; où mon cœur était roi, et mon cerveau son misérable esclave.
Après la petite mise au point entre ma sœur et moi, elle partit sans m’adresser la parole, elle me foutait finalement la paix. Mon chantage était réussi, était efficace, pour qu’elle me laisse me saouler pour des heures sans venir, gâcher la cérémonie de ma tristesse.
Mais quatre heures plus tard, elle revint vers moi ; comme si c’était le temps d’une trêve, pendant laquelle elle a planifié une nouvelle stratégie de défense.
Elle se maintenait donc face à moi, comme un policier, et m’interpela d’une voix ferme.
- Il faut qu’on parle Sandra !
En allumant la vingt -cinquième cigarette, je grommelai.
- Fiche-moi la paix !
Elle fit comme si elle ne m’a pas entendu, et saisit une chaise pour s’asseoir.
- Écoute Sandra, il faut que tu arrêtes sérieusement de voir cette fille ! et en me perçant du regard, c’est contre nature, et contre la volonté de Dieu !
En laissant échapper un rire furieux, je criai.
- Ne me parle pas de Dieu, s’il te plait ! t’aurais dû penser à lui, avant de coucher avec Mahdi !
Elle se tut un petit moment, et reprit calmement.
- Il ne s’est rien passé entre moi et Mahdi !
Mon regard fixant le sien, je murmurai.
- Je ne suis pas une gourde ma chérie !
Les mains tremblantes, elle répondit d’une voix basse.
- On a flirté ensemble !ça, c’est vrai ! mais on n’a pas passé à l’action !
En croisant les bras, je répliquai.
- Qu'est-ce que le flirt est pour toi ?
- S’embrasser sur les lèvres !
- C’est ce que j’ai fait avec Nadia aussi ! dis-je, d’un ton moqueur.
- Arête Sandra ! je vous ai vu de mes propres yeux, l’une dans les bras de l’autre, toutes nues ! je n’ai pas besoin de vous voir en action pour comprendre ce qui s’est passé entre vous…
En lui coupant la parole, furibonde.
- Moi non plus, je n’ai pas besoin d’entrer avec vous dans la maison de Hammamet, pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un simple flirt !
Pâlissante, elle se taisait jusqu’à ce que je continue.
- Quoi ? pourquoi tu ne dis rien ?
Reprise de sa torpeur, elle leva la face, et murmura, d’une voix plus basse.
- Ce n’est pas comme tu le crois Sandra ! et après une longue hésitation, je suis encore vierge ! il n’y avait pas une pénétration !
En prenant un long souffle de ma cigarette, je repris en ricanant.
- De toute façon, c’est de la fornication aux yeux de Dieu, que ce soit avec ou sans pénétration.
Perturbée, et la voix étranglée de pleurs.
- Ce n’était qu’une seule fois Sandra ! je te jure ! c’était dans un moment de faiblesse !
- Ah, bon ? Et en plongeant mon regard dans le sien, et dans l’hôtel ? vous avez flirté aussi ?
Clouée sur sa chaise, elle éclata en sanglots convulsifs.
- Je ne pouvais rien faire ! je ne pouvais pas refuser !
- Là tu te trompes ! tu pouvais lui dire non ! m’écriai-je, fermement.
Et en plantant mon regard coléreux sur elle.
- C’est un salaud, tout simplement ! s’il t’aimait vraiment, il ne t’aurait pas forcé à coucher avec lui !
Les yeux encore trempés de pleurs, elle cria.
- Il ne m’a pas forcé !
- Alors comment ça, tu ne pouvais pas refuser ?
- Je ne voulais pas qu’ il aille voir ailleurs ! dit-elle les yeux brûlant de jalousie, c’est mon mec et je ne veux surtout pas qu’il baise une autre fille !
En écrasant le reste de la cigarette avec le doigt dans le cendrier, je murmurai.
- C’est ta vie Sana, et je m’en tape de ce que tu fais avec lui en cachette ! mais ce que je te demande de faire, c’est de me foutre la paix !
- Les homosexuels vont tous brûler en enfer, Sandra ! t’es ma sœur, tu ne peux pas être lesbienne !
En riant, je répondis.
- Occupe-toi de tes affaires Sana ! puis, en observant Monji venir vers nous, tais-toi maintenant.
Il s’approcha de moi, à pas lourdes, et parla sans hausser la tête.
- Mademoiselle ! j’ai trouvé devant le portail, cette photo, brûlée des quatre côtés légèrement !
Il posa, par la suite la photo, qui était de taille moyenne, sur la table. C’était, l’une des photos prises lors du mariage de Bilhssan ; tous les deux étant souriants, lui en costume noir, et Sinda en robe de mariée, en train de couper le gâteau ensemble.



0 commentaires:
Enregistrer un commentaire