
- C’est quoi cette fumée ? s’écria Bilhssan, en sortant la tête de la voiture.
Mahdi, assis au volant, sourit et dit :
- Non c’est rien !
Derrière lui, Sana, effrayée, le visage, tout pâle :
- Comment ça, ce n’est rien, arrête ta voiture et va voir !
Il arrêta le moteur, et poussa la porte, énervé :
- Je vous assure que ce n’est rien, ce n’est pas la première fois qu’elle me fait un coup pareil.
- Non, ce n’est pas rien, Mahdi ! continua Sana, en boudant.
- OK ! OK ! je vais voir !
Assise, dans la dernière rangée à côté de Nadia, je badinai, en riant :
- Imaginez, que le monospace, tombe en panne, ici en milieu de nulle part !
Et en sortant le paquet de cigarettes :
- On est où déjà ?
- Ferme la Sandra, OK ? Hurla ma sœur, en tournant la tête. Ce n’est pas le moment pour rigoler.
Nadia, me piqua le paquet, le mit dans son sac à main, et murmura :
- Ni le moment de fumer !
- Cite Surat Yassine, ça va te calmer, Sana ! intervint Iman, la sœur de Nadia, en lui caressant la main.
- Oh Dieu, toi le Tout-Puissant, fais que la voiture, ne tombe pas en panne, au milieu de ces vastes champs ! s’écria Sana, en posant sa main sur sa poitrine.
Trois jours, plus tôt, j’étais très heureuse, à l’idée de passer un week-end en amoureux, avec ma copine. Je pensai que c’était l’occasion, pour mieux la connaitre et surtout, pour qu’elle se sente à l’aise et bien dans sa peau, dans une ville, où personne ne nous connaît vraiment.
Pourquoi avoir choisi, Tabarka ? Je ne sais pas. C’était par tâtonnement, mais bon après, avoir repensé au sujet, ce n’était pas si mal comme choix. Après tout, Tabarka, est une belle ville touristique, côtière du nord-ouest de la Tunisie, et une destination, très à la mode, pour les jeunes mariés « ruinés, qui n’ont pas assez d’argent pour un voyage à l’étranger » et les amoureux en général, de la classe moyenne, mais bon même les riches, séjournent dans cette ville ; la preuve, je l’ai choisie.
Après le coup théâtral, de ma copine à la Miranda, je ne voulais, en aucun cas, encore compliquer la situation ni provoquer une bagarre avec elle, surtout, ces trois jours, où elle devrait convaincre ses parents, pour qu’ils la laissassent m’accompagner, en cette fin de semaine, à Tabarka.
Et par conséquent, mes seules conversations, avec mon amie, Oumayma, n’étaient que par téléphone, le soir quand je rentrai chez moi. Et bien sûr, je n’ai pu me retenir pour lui donner un coup d’œil rapide sur mon plan du week-end.
- Ça, c’est une idée de génie !
En m’accoudant sur mon oreiller, dans ma chambre à coucher, je repris :
- Pourvu que ses parents ne s’opposent pas !
En baissant la voix :
- Soyons un peu réalistes, et avoue que c’est difficile !
Gênée, je répondais en écrasant le combiné, avec mes doigts :
- Comment ça difficile ?
- Primo, ses parents ne te connaissent pas, secundo, Tabarka n’est pas à quelques pas de chez eux, tertio, elle fait partie d’une famille, très conservatrice, ce qui réduit énormément tes chances, de ce week-end de rêve !
- Tu sais quoi Oumayma, ferme-la !
Et sans attendre, un seul moment, je raccrochai, en jetant le GSM :
- Salope !
Entre parenthèses, elle avait raison. Je ne devrai, être si excitée et emportée par cette idée, ni d’être gravement déçue, en cas, où mon plan, tombe à l’eau.
Mais bon, entre la raison et la volonté du cœur, il y a ce grand vide psychique, où le rêve et le cauchemar s’entretuaient.
Quelque temps, après avoir raccroché. Je composai le numéro de Nadia.
- Salut ma puce !
- Salut ma chérie.
- Alors ? C’est oui, ou non ?
Elle se tut un moment, puis après hésitation :
- Je n’ai pas encore évoqué le sujet avec eux !
- Mais ma chérie, t’es à Mahdia, depuis hier soir !
- Il y a le mariage de mon cousin, ces jours-ci, et j’attends le bon moment pour me trouver en tête à tête avec papa et maman.
La voix, tremblante du stresse, je murmurai :
- Parfois, je pense que c’est toi qui ne veux pas m’accompagner.
- Non, mon cœur, je t’assure que je le veux de tout cœur ! et en soupirant, seulement, papa est un peu macho et borné, et il faut que je choisisse le bon moment, pour lui en parler !
- OK, je comprends. Dis-je d’une voix étranglée d’amertume.
Le lendemain, c’était le mardi, et c’était mon tour de prendre la permission de mon papa, pour ce séjour. Le soir, après avoir terminé le dîner, et étant, tous réunis, au salon principal, buvant des tasses du thé. J’initiai la conversation, en évoquant le sujet, directement.
- Papa, j’aimerai bien passer quelques jours à Tabarka !
Il posa sa tasse de thé sur la petite table ronde, et murmura, étonné :
- A Tabarka ?
- Oui, pour ce week-end, avec une amie à moi.
- Je la connais, ton amie ?
Les mains tremblantes, je bégayai :
- Nadia, elle m’a rendu visite à la clinique, quand j’étais hospitalisée !
- Ce nom ne me dit rien !
Bilhssan, assis près de moi, intervint :
- C’est l’une des deux filles, qui venait lui rendre visite, papa.
- Je ne m’en souviens pas ! murmura-t-il tranquillement, en buvant du thé.
Et là, ma sœur, assise en face de moi sur le canapé, fait un sursaut sur place, d’excitation et criante :
- Tiens, pourquoi Tabarka, ne m’est pas venue à l’esprit ! et adressant la parole à mon père, Mahdi, et moi, avons discuté, samedi dernier, sur la possibilité de passer un week-end à deux, quelques parts, et cette proposition vient à temps !
- Hey, je n’irai nulle part avec toi ! contestai-je furieuse.
- Ne t’inquiète pas ma chère, ce n’est nullement mon intention, on séjournera certes dans la même ville, mais on ne passera pas du temps ensemble ! et d’un ton orgueilleux, je serai accompagnée de mon fiancé !
Mon père, lui jetant un regard coléreux, lui interpela.
- Ce n’est pas encore ton mari, et par conséquent, il n’y a pas de séjour avec lui, en tête à tête !
- Voyons, papa, on ne va pas dormir dans la même pièce, chacun aura sa chambre à part.
- Je n’aime pas trop ce garçon, et franchement, je ne peux pas avoir la conscience tranquille, en te laissant, seule avec lui.
- Mais papa…
En lui coupant, la parole, et en me regardant, droit aux yeux :
- Mais si tu es accompagnée de ta sœur, ça peut aller !
Elle se mit debout, explosant de colère, et la bouche grande ouverte :
- Je ne sais pas pourquoi, tu ne me fais jamais confiance, père !
- Ce n’est pas question de confiance ma puce, mais plutôt je veux te protéger, t’es encore naïve et tu ne connais pas assez bien les hommes.
En mordant ma lèvre inférieure, j’intervins :
- Papa, Mahdi, est un mec bien, je t’assure !
Il me regarda, minutieusement, un long moment et murmura d’une voix ferme :
- Soit vous allez ensemble, soit il n’y aura pas de séjour à Tabarka !
Bilhssan se mit à rire, à voix basse et en se moquant :
- Amusez vous sœurettes.
Mon père, lui regarda, et parla.
- Et toi, fiston, c’est quoi ton plan pour le week-end ?
En croisant les bras, il parla, avec diplomatie :
- Je tiens compagnie, à papa ! je n’ai pas un plan en tête.
Souriant, mon père répondit :
- Ton père s’envolera pour les iles des Caraïbes, dans deux jours avec ta belle-mère et Mohamed Ali. Et en avalant sa salive, ça fait six mois qu’on n’a pas voyagé ensemble !
En lui faisant, un clin d'œil, Bilhssan, le taquina :
- Tu m’épates toujours papa, un week-end en amoureux sur les iles des Caraïbes, t’es plus branché que moi, père !
Mon père se mit à rire, puis prit la parole à nouveau :
- Puisque tu n’as pas un plan en tête fiston, alors tu accompagneras tes sœurs à Tabarka !
- Quoi ? hurla-t-il choqué.
- Voyons, tu ne peux pas laisser tes sœurs partir seules, à une ville lointaine.
- Elles seront avec Mahdi.
- Mahdi n’est pas leur frère, et il ne saura pas protéger mes filles, des mauvais garçons, comme leur propre frère !
C’était le cauchemar, un vrai fiasco. Un week-end en amoureux qui ne sera, qu’un foutu séjour en famille. Déprimée, je ne pus rester encore, au salon, et je rejoignais ma chambre, au premier étage.
Et j’appelai ma petite amie, pour lui annoncer la mauvaise nouvelle, mais elle me coupa la parole.
- J’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle à t’annoncer !
La gorge déchirée de pleurs, je marmottai :
- Commençons par la bonne, car moi-même j’ai une mauvaise nouvelle.
- Mes parents ont accepté, et en lançant un volumineux soupir, mais à condition, que je sois accompagnée de ma grande sœur, Iman !



2 commentaires:
tu me rappelles des choses bella qui me font maintenant rire.
ça tombe bien alors:p
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