dimanche 22 mars 2009

Par amour

Partager Il l’aimait depuis le collège, puis son amour pour elle grandissait au lycée et devenait passionnel à la faculté. Il n’a jamais étudié avec elle dans une même classe, jamais passé une heure creuse en bavardant et rigolant comme n’importe quel jeune couple. Il avait tout simplement voté pour la plus simple méthode de connaissance ; il a envoyé un soir sa maman à la maison des voisins. En fait, l’amour de sa vie n’était rien d’autre que sa voisine de toujours Ghada, plus jeune que lui de sept ans, qui avait volé son cœur tout timide et tout doux depuis son jeune âge, avant même que sa barbe ne prenne naissance dans son visage.
Sa maman était folle de joie, que son fils chéri, son fiston unique perdu dans une tribune de filles , lui annonça une nouvelle pareille, lui annonça son désir de pénétrer la cage d’or comme disait les gens du mariage sacré. Elle ne fit aucune objection, ne posa pas tant de questions ni proposa d’autres filles potentielles à son unique jeune homme, accepta sur le champ le choix de son fils, de peur peut être qu’il ne change d’avis, et qu’il évapore l’idée du mariage de sa tête une fois pour toute. Elle mit son voile, quelques gouttes du parfum, et se dirigea vers la maison des voisins à quelques pas de chez elle, accompagnée de sa fille aînée Basma, mariée depuis 3 ans, et bien évidemment son fils chéri Mounir.

Tout se passa par la suite à merveille, la maman de Mounir, veuve depuis longtemps, demanda la main de Ghada à son garçon, le père accepta, la mère également et la fille, timide et frustrée, remua sa tête positivement et devint officiellement après la citation du premier verset du Coran, sa fiancée. Et un an d’après tout juste, son aimable épouse et madame Stita. Ainsi, son rêve de toujours devint réalité et une vie de bonheur éternel s’enchaîna doucement.
Mais son bonheur n’était pas si merveilleux ni sa vie de couple un monde de rêverie et d’amour passionnel comme il l’imaginait. Certes, il l’aimait chaleureusement mais elle le respectait, l’aimait bien, pas par amour, mais parce qu’il était son mari et l'obéissant comme toute bonne femme, de bonne éducation, bien sage et bien docile ; le résultat naturel et fort logique de tout mariage arrangé à l’ancienne.
Mounir souffrait intrinsèquement et remâchait l’amertume continuellement, il n’avait pas espéré un résultat pareil, il se sentait minuscule face à l’indifférence et la rudesse de son épouse à son égard, il avait souhaité désespérément un degré moindre de jalousie de sa part ou qu’elle se souciât de lui ou fît semblant de s’intéresser à lui, même à titre occasionnel , qu’elle lui posât des questions bidons certes pour tout couple mais importantes à ses yeux de type : quand reviendra-tu à la maison ? Pourquoi t’es venu en retard ce soir ? Je ne t’ai pas manqué ? On ne sortira pas ce samedi manger dans un restaurant du coin ? Mais en vain, c’était lui toujours qui prenait l’initiative pour les sorties, lui qui choisissait toujours le timing pour coucher avec sa propre femme, elle était pudique en sentiments , trop passive au lit, trop dominée au sexe, il eut parfois l’impression qu’il faisait l’amour avec le cadavre de la femme qu’il aimait, son pénis était certes en elle, en parfaite fusion avec son vagin, mais son esprit ailleurs et son regard toujours fané suite à la jouissance .Et comme d’habitude après chaque fois qu’ils s’envoyaient en l’air , elle prenait vite une douche, bien froide, comme si elle voulait effacer un péché ou un crime qu’elle avait commis , marmottait le mot « bonne nuit » entre les dents puis s’allongeait à coté de son mari ,en lui posant en face son dos, bien humide. Il se mettait à lui caresser le visage et passait sa main sur tout son corps, c’était sa manière de remercier sa femme pour la belle nuit qu’elle lui a offerte ; s’endormir comme un bébé, après la douche, était sa manière à elle aussi, de montrer qu’elle accomplissait son rôle de la parfaite épouse, de race et de fille de bonne famille.
Un jour, il fit exprès de rentrer tard à la maison, trop tard même, il avait espéré que son portable se mit à vibrer, que le prénom de sa femme apparaîtra sur son écran et qu’elle se mette à l’engueuler et à s’inquiéter sur son sort , mais le seul appel qu’il reçut était en provenance de sa mère Selma , qui lui invitait à venir passer la soirée chez elle. En rentrant à la maison, il décida d’avoir une conversation sérieuse avec son épouse, de lui avouer sa grande angoisse et de manifester sa colère, jusqu'à ici musée au fond de son cœur. Il ouvra la porte, la claqua violemment, une façon d’attirer l’attention de sa femme, qui était allongée sur le canapé en train de regarder un vieux film. Elle se leva, un peu sur les nerfs et se dirigea vers lui.
- Qu’est ce qu’il y a ? pourquoi tu fermes la porte si fort ?
- Tu t’en fou totalement de moi ! tu n’as même pas regardé l’horloge et remarquer qu’il faisait 22h et que j’aurai dû rentrer à la maison 3 heures plus tôt au moins ! tu n’as même pas essayé de me contacter, de voir où je suis ou la cause de mon retard !
- J’allais le faire je t’assure !
- Ah oui ! cria-il en souriant ironiquement, et quand cela ? une autre épouse à ta place aurait appelé son mari, pour un retard de demi-heure, et toi tu regardes tranquillement un film sur Hannibal TV comme si rien n’était ?
- Je ne comprends pas pourquoi t’es si en colère contre moi ! je te jure que j’allais le faire si tu n’étais pas rentré !
- Tu ne veux pas savoir au moins où j’étais ?
- Ok ! où était tu ? ajouta-elle froidement pour lui faire plaisir.
- Ce n’est pas possible ! tu vas me tuer avec ta froideur mortelle ! au moins fais semblant d’être inquiète ! mais putain tu ne m’aimes pas ou quoi ?
- Si je t’aime ! je ne comprends pas…
- Tu n’as jamais été jalouse ! pourtant je suis le propriétaire d’une boutique de fringues féminines et que je suis toujours en contact avec les femmes !
- J’ai confiance en toi et je ne vois pas pourquoi je devrai l’être !après tout la jalousie était toujours une étincelle de dispute entre les couples.
- Moi je le veux, je veux que tu sois jalouse , qu’on se dispute comme n’importe quel couple ordinaire , que tu me montres un bout d’affection et d’amour.
- Mais je t’aime ! je ne comprends pas pourquoi tu ne me crois pas !
- Tu m’aimes mais tu n’es pas amoureuse de moi !cria-il d’un ton triste
- Si je t’aime !
- Arrête de mentir bon sang et sois franche avec toi-même et avec moi !
Elle se mit à pleurer discrètement, Mounir baissa sa voix et la serra contre sa poitrine et lui chuchota :
- Chut ! ma puce c’est rien ! je suis désolé, je n’aurai pas dû te crier dessus après tout , c’est moi le fautif, moi qui suis rentré tard et moi qui devrais être blâmé ! essuie tes pleurs et va te changer ! on ira visiter ma mère ! ok ma chérie ?
- Ok ! murmura-elle les yeux cuisants de larmes.
Il mentait ; ce n’était pas rien pour lui, mais son amour pour sa femme fut plus fort et plus intense que sa colère volcanique contre elle. Il décida depuis ce jour là d’espionner sa femme, de la suivre partout. Les doutes à propos d’un amant secret et la tristesse le hantaient en permanence. Jour et nuit, il voulait découvrir pourquoi sa femme, l’amour de sa vie , n’arrivait pas à l’aimer autant que lui, à partager cet amour d’enfance ,ainsi que ,déceler la grande énigme de son indifférence.
Comme elle lui racontait souvent (quand il lui demandait parfois de lui dire ) , ce qu’elle a fait de sa journée, Ghada , qui était une femme au foyer, ne faisait rien de spécial à part passer une heure ou deux chez son amie intime Rihab, une vielle fille presque , travaillant comme professeur de français dans un collège, ou bien recevoir la visite de cette dernière , dans sa maison pour lui tenir compagnie pour des heures. Elles étaient super copines depuis le lycée, Mounir était heureux que sa femme puisse se sentir à l’aise avec une autre personne , puisqu’elle était une fille solitaire et un peu introvertie, et qui n’aimant pas beaucoup les sorties et les endroits peuplés. Et bien sûr visiter sa mère de temps en temps et faire les courses et le ménage quotidiennement comme toute bonne épouse furent ses occupations journalières.
Mounir fut soulagé que son épouse lui était fidèle, qu’elle n’ait pas sali son nom ou profané son corps avec un homme autre que lui, il fut heureux que sa femme l’ait honoré et respecté , quoi qu’elle ne l’aime pas d’un amour passionnel comme il prévoyait auparavant. Il fut optimiste et décida d’agir, d’essayer de rallumer la flamme d’un amour qui aurait dû naître de la part de sa femme il y a longtemps, et de devenir plus romantique et plus affectueux avec son épouse, un dernier espoir pour son cœur, jusqu’à ici souffrant et malheureux, de retrouver la joie et le goût à la vie.
Un certain samedi, le 17 juillet, il rentra l’après midi chez lui vers 14H, il n’avait pas l’habitude de rentrer aussi tôt chez lui, il avait réservé deux billets d’avion pour un voyage de noce qu’il n’avait pas pu offrir à sa femme il y a 2ans , vu qu’il n’avait pas les moyens pour le réaliser à cette époque là , il voulait lui faire la surprise ce samedi car il coïncidait au grand jour de leur mariage. Il ouvra la porte en douce et se dirigea vers le salon mais il trouva la télé éteinte et comprit donc que sa femme chérie ne serait qu’en train de faire la sieste dans leur chambre à coucher, une chose normale dans un jour pareil chaud et sec.
Il s’approcha de leur chambre à coucher , poussa la porte, qui était semi fermée, brusquement et à sa surprise tomba sur sa femme, toute nue, jambes écartées ,allongée sur le lit, gémissant du plaisir, et une autre femme, la tête entre les cuisses de son charmante épouse, toute nue également et qui n’était rien d’autre que son amie intime Rihab.
Il resta un moment tétanisé, la bouche entrouverte , les pieds comme enracinés dans le Ciment , les deux femmes frémissaient de peur , Rihab se mit debout et se précipita pour se rhabiller mais c’est là que Mounir agissait, sentant la braise envahir toute partie de son âme blessée, et se dirigea vers elle avec une telle fureur, la poussa violemment par terre , se mit à la frapper de toute ses forces , à lui donner , agressivement ,des coups de pied successifs et à couvrir son corps de bleus, et de sang . Sa femme essaya en vain de l’arrêter mais il la repoussa et lui traita de tous les noms puis tint la maîtresse de son épouse par les cheveux et se mit à la tirer comme une ordure tout au long du hall ; la femme, ne pouvant plus crier de douleur et de blessures, se laissa traîner comme une mourante.
- Laisse la s’il vous plait Mounir ! cria Ghada en pleurant.
- Vous allez brûler toutes les deux en enfer ! sales perverses ! tu vas voir, sale traînée ! je vais te jeter de chez moi toute nue pour que tout le monde saura quelle pétasse et salope est-tu !
- Ne fais pas ça Mounir, s’il te plait ! reprenait Ghada en essayant d’arrêter son mari.
Mais il la poussa, elle également, et au moment où il s’apprêta à ouvrir la grande porte, elle prit le cendrier qui se trouvait sur la table du côté et le tapa avec , sur l’arrière du crâne, une fois, deux, trois et une quatrième jusqu’à ce qu’il soit gisant sur terre et que son sang jaillît de l’arrière de sa tête comme une fontaine. Un calme soudain, et macabre régna la pièce. Les deux femmes se mirent à se regarder puis Ghada se jeta dans les bras de sa maîtresse et se mit à pleurer avec hystérie.
- Je l’ai tué ! je l’ai tué !
- Chut ! calme-toi chérie ! tu ne faisais que me défendre ! on racontera tout à la police !
- Non pas la police !
- Chut ! n’aie pas peur ma puce !
- Oh ! mon dieu ! qu’est ce qu’on va faire maintenant ?
- On doit se mettre d’accord sur la version qu’on présentera à la police.
- Non ! je t’ai dis que je ne voulais pas de la police !
Et d’une voix étranglée de pleurs, elle rajouta :
- Qu’est ce que on va dire à la police ! hum ! je l’ai tué pour être avec toi ? nous serons sûrement condamnées par la peine de mort !
Rihab s’assit sur une chaise, essuya le sang coagulant autour de son cou et dit :
- Tu as raison !
Et en avalant sa salive elle reprit :
- Mais qu’est ce qu’on peut faire ? hum !
- On va l’enterrer ! cria Ghada.
- Mais comme ça on ne fait qu’empirer la situation ma puce ?
- Non ! par la suite on quittera le pays !
Rihab ouvra sa bouche d’étonnement et dit d’une voix perturbée :
- Ah ! non ! je ne ferai pas ça !
Ghada sourit et s’approcha de sa maîtresse en disant d’un ton gonflé de colère et d’amertume :
- Bien sûr que tu ne feras pas ça ! ce n’est pas toi de toute façon qui l’as tué mais moi !
- Oh arrête !
Ghada ne dit rien mais se mit à tirer son mari des épaules ; comme elle n’arrivait pas à le faire bouger , elle cria furieuse :
- Tu vas m’aider ou non ?
- Qu’est ce que tu comptes faire ?
- Je veux l’emmener à la cuisine !
- Pourquoi faire ?
- Pour l’emballer dans des draps ou n’importe !
- J’ai une idée meilleure moi !
- Laquelle ?
- On va le laver ensemble sous la douche, on le mettra dans le lit et on réfléchira par la suite à un moyen pour nous en sortir !
- Ok alors ! je me chargerai de ça , quant à toi nettoie le sang par terre ! j’ai du Javel dans la cuisine, j’ai entendu parler que c’est efficace pour effacer les traces du sang !
- Ok ! ma chérie.
Puis les deux femmes échangèrent un délicieux baiser et se mettent au travail. En déshabillant son mari, Ghada tomba sur les billets d’avions, elle versa une larme puis embrassa son mari sur son front et murmura d’une voix tremblante :
- Je suis désolée ! je ne voulais pas te tuer mais tu ne m’as pas laissé le choix !
Elle appela par la suite sa complice qui l’aida à porter son mari jusqu’au lit, puis se mit à le rhabiller et à lui brosser les cheveux soigneusement. Au bout de dix minutes, elle n’entendit plus du bruit du hall. Curieuse, elle sortit de la chambre à coucher et se dirigea à pas de chat vers le lieu du crime : là, elle vit sa maîtresse en train de composer un numéro alors elle cria :
- Qu’est ce que t’es en train de faire ?
Tremblante, Rihab fit tomber le GSM et Ghada s’approcha vite, se mit à genoux puis le tint vite et dit en souriant :
- 197 ? tu appelle la police ?
- Non ! ce n’est pas…
Ghada lui coupa la parole en criant de colère :
- Tu voulais me dénoncer , sale garce ?
Puis elle se jeta sur elle et mit à l’étrangler avec ses deux mains autour du cou ; Rihab fit tout pour s’échapper et éloigner les mains de sa complice mais la colère et la peur dans lesquels se trouvait Ghada lui donnaient une force terrible ; la force de survie et de liberté qui ne laissaient aucune chance à la pauvre Rihab pour sauver sa peau. Cette dernière, au bout de cinq minutes, ne résista plus et finit par ne plus bouger. Ghada lui relâcha enfin le cou et Rihab tomba par terre. Ghada recula ensuite trois pas en arrière et cria en sanglotant :
- Imbécile ! pourquoi tu ne voulais pas t’enfuir avec moi ? on aurait pu être heureuse ensemble !
Puis elle essuya ses pleurs et se mit à tirer sa copine jusqu’à sa chambre à coucher où elle la déshabilla et la mit à coté de son défunt mari sur le lit . Elle l’embrassa sur la bouche et versa une dernière larme , prit quelques affaires qu’elle jeta vite dans une valise et le billet d’avion , s’arrêta un moment en regardant sa bien aimée et son mari puis quitta la chambre. Elle prit une douche pour enlever le sang visqueux qui lui collait partout, se rhabilla , sortit par la porte de derrière et disparut dans la ruelle quasi abandonnée l’après midi, dû à chaleur infernale de plein été.
Trois jours plus tard, les voisins découvrirent les cadavres avec l’aide des policiers du coin et le crime fit la une des journaux avec des titres en gras soulignés : « l’épouse qui tue son mari et sa maitresse puis quitte le pays » ou encore « surprenant son mari en plein adultère avec sa meilleure amie, l’épouse mit fin à leurs jours ».

3 commentaires:

nvp a dit…

Le passage où le mari a surprit son épouse (...) me rappelle une scène:: Jenny et Marina... ça te dit quelques chose??
Sinon, très beau style, le talent est là et j'adore :)

bella_ragatsa a dit…

the L word j'adore la série quoi que elle est finie mince:(

nvp a dit…

ouaip :(( j'ai toutes les saisons au complet, ça était une révélation la première fois que j'ai regardé cette série, moi j'en suis raide dingue!!

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