lundi 26 janvier 2009

le mythomane

Partager Comme toutes les filles de son âge , Meriem rêvait de l’homme idéal, beau et riche qui possède une voiture pas une coccinelle (qui ressemble à celle de son papa) mais une grande( BMW ou Mercedes ou bien toute bagnole qui dépassait les 60000D après son fameux passage à la douane, la bête noire du peuple tunisien ) , une maison , de préférence sa propre demeure, pas le 2eme étage dans la maison de son père, un homme d’affaires (pourquoi pas on a le droit de rêver pas vrai )et à un degré moindre un professeur(universitaire sans doute ) ou un docteur(chirurgien très réputé ) , pas si grave s’il s’agissait d’un ingénieur(en télécommunication ou informatique puisque c’est un domaine qui prenait de l’importance au fil des jours et devenait crucial suite au volet technologique ascendant ) , un homme riche dans le sens où il a un projet qu’il gère ,une cafétéria (mixte bien évidemment) connu aussi sous le nom de salon du thé ( ça rime trop avec le snobisme tunisois) , un truc très à la mode, tendance, bon c’est un courant qui s’est manifesté grâce à nos joueurs de football retraités ( dépassant la trentaine), un homme jeune , dans une fourchette d’âge allant de 26 ans à 38 ans ( pourquoi 38 ans exactement ? sûrement la communauté des filles cherchant un mari à tout prix aurait effectué un sondage ou je ne sais quoi auprès de nos mâles adorables coincés sur des chaises dans les cafétérias « viriles »avec des yeux proactifs).
Comme par hasard, elle trouvait tous ces critères cumulés chez un certain monsieur appelé NOUREDINE, un homme qui a la trentaine ; enfin bref dans une première version, il prétendait avoir les 28ans mais après il changeait de disque comme quoi il avait peur de la perdre si elle saurait qu’il ne faisait pas partie de cet intervalle d’âge, et qu’il était tellement amoureux qu’il s’est permis « un innocent mensonge ». MERIEM, naïve et emportée par son amour aveugle pour cet inconnu qu’elle n’a pas rencontré dans la vraie vie, croyait tout ce qu’il lui disait et osait parler de lui à certaine copines dans une phase avancée de leur relation.
L’amour virtuel, est un nouveau type d’amour qui s’est vite propagé dans une société comme la notre, et a crée des victimes surtout les personnes timides, hésitantes qui préféraient de loin aimer en cachette que laisser le destin s’occupait de leur misérable cas.
En effet, notre MERIEM, faisait partie de cette population des gens coincés ; elle se rappelait de cette histoire comme si elle venait de se passer hier.
C’était en été, un certain dimanche, elle avait fait une coupe de cheveux courte qu’elle ne lui a guère plu et depuis elle refusait de sortir de chez elle, ni avec ses copines ni avec sa mère pour lui tenir compagnie dans les célébrations de mariages récidivantes et étouffantes.
Elle faisait la sieste quand son cellulaire sonna et lui gâcha le rêve qu’elle venait de tisser à l’instant même : un premier allô glissa de sa bouche timidement, une voix masculine lui répondait, une voix qui la perturbait et lui plaisait.
Un dialogue de courte durée prit naissance peu à peu entre eux et se prolongeait au fil des jours, pour devenir des rancards quotidiens de allô, je t’aime, tu me manques et tout le jargon qui en résultait ; des flux de disputes et de jalousies en permanence.
Ne parlant plus, des dépenses nouvelles concernant les cartes de recharges qu’effectuait MERIEM sans compter comme s’il s’agissait de l’oxygène qu’elle ne pouvait plus s’en passer.
Des changements radicaux frappait son comportement, ses habitudes vestimentaires, ses paroles, l’expression de son visage ; elle devint plus jolie, plus romantique, plus douce, plus rêveuse, plus noyée dans un monde virtuel de délire permanent ; elle se croyait amoureuse d’un homme, un beau, un riche faisant partie d’une famille sfaxienne qui nageait dans l’opulence, il allait plus loin encore en prétendant qu’il voulait l’épouser et qu’il trouvait chez elle tous les critères qu’il recherchait chez une femme. Innocente et naïve, MERIEM le croyait toujours sur paroles et continuait de dépenser des sommes inutilement rien que pour entendre sa voix car monsieur le richard paraissait très occupé par les projets familiaux et ses investissements infinis dans l’immobilier et en bourse à tel point qu’il ne trouvait guère le temps d’acheter des cartes et d’entendre la voix douce de sa bien aimée et qu’ en guise de solution( elle n’eut pas le choix de toute façon) elle devrait l’appeler elle, par tout moyen ; GSM, taxiphone et même le fixe qui se trouvait au salon.
Monsieur NOUREDINE semblait aussi être parfois affecté par des problèmes de trésorerie à court terme au sein de leur entreprise familiale d’exportation de l’huile d’olive, et le pauvre se privait de la vie du grand monde, commençant par les biens meubles jusqu’à arriver aux immobilisations et tous les orfèvreries propres aux membres femelles de la famille ; en effet, il lui gobait à maintes reprises qu’il a dû vendre sa voiture ( un cadeau de sa maman suisse pour son anniversaire car notre aimable gentleman s’avérait le fruit d’un mariage entre un sfaxien et une femme suisse d’origine suédoise qui n’a pas duré à cause des mentalités antagonistes de ses deux parents) , minimiser ses dépenses ( se mettre dans la peau des misérables comme il le disait parfois à titre explicatif) et par la suite il ne pouvait pas se procurer les cinq dinars et 300méllimes(il faut pas les oublier les droits(taxes) de timbre) pour appeler MERIEM , et surtout (concentrez vous) qu’il mourrait d’envie d’entendre sa voix et qu’il souffrait énormément de ne pas pouvoir le faire quotidiennement.
C’était en outre une arme parmi d’autres qu’il déployait de façon permanente surtout dans une phase avancée de leur relation (au bout de la deuxième année) quand MERIEM commençait à perdre la patience et à se douter de la crédibilité et de la sincérité de ce monsieur ; richard , bel homme et jeune qui ressemblait à TOM CRUISE avec ses yeux bleus ciels , ses cheveux noirs et sa peau blanche rougeâtre comme celle des touristes en provenance des pays anglo-saxon ( bien sûre en se référent à ses paroles) surtout qu’elle commençait à se confier à quelques copines ,qui lui posaient toujours la même question à son propos : tu l’as rencontré ? Et n’arrêtaient pas de la conseiller de la nécessité de le voir en direct et de se méfier de lui car trop de détails lui concernant semblaient louches et ambigus.
Une autre arme secrète, qu’il déployait sans cesse fut sa cousine JIHEN, une jeune étudiante de la faculté de lettre de Cité ERIATH de 24 ans, qui apprenait l’anglais et redoublait chaque année par excellence. Selon lui, sa famille voulait le forcer à se marier avec elle pour des fins économiques d’ordre stratégiques(acheter une part d’actions du père de cette dernière et devenir actionnaire majoritaire ) et qu’il ne désirait en aucun cas que sa belle bien aimée souffrait à cause de lui et que s’il fixait un rendez vous et qu’ils se voyaient ,MERIEM pourrait s’attacher à lui(il est beau gosse retenez bien) encore plus ,quitte aux yeux malsains des gens et aux rumeurs qui pourraient circuler derrière son dos et salir son image de fille de bonne famille surtout s’ils sortaient ensemble sans que cela finisse par une triomphe matrimoniale .
MERIEM avait commis une petite erreur (si on se permette de la qualifier ainsi), elle avait avoué à son papa sa relation avec ce monsieur (elle était plus proche de son père qu’à sa mère). Comme un père hyperprotecteur, il ne cessait, chaque fois qu’il se trouvait en tête à tête avec sa petite fille dans la voiture ou dans n’importe quelle pièce de la maison , de poser des questions diverses et de lui répéter que beaucoup de détails à propos de NOUREDINE ne collaient pas et de semer encore le doute dans l’esprit troublé de MERIEM et d’ insister sur le fait que sa fille devra rencontrer ce monsieur et vérifier s’il racontait la vérité ou pas.
En dernier recours, MERIEM prit son courage à deux mains et le menaçait pour la première fois de sa vie d’une voix ferme de le quitter en cas où il ne viendrait pas à Sousse pour la rencontrer cette fois- ci et lui posait un lapin comme il l’a fait à maintes reprises en lui permettant de venir ,puis, comme par hasard un sinistre venait s’interposer et gâcher leur rendez vous galant.
Pour la première fois de sa vie, MERIEM gagna cette manche contre monsieur le richard et ce dernier accepta de venir à SOUSSE mais , avant , il lui avait avoué des trucs importants qu’il avait caché auparavant : il lui avait dis en fait qu’il n’avait pas la trentaine non plus mais la quarantaine, une nouvelle qui la laissait tétanisée un certain moment , et qu’il n’était pas aussi beau qu’ il le prétendait , et qu’ il ne voulait pas la rencontrer , non pas à cause des excuses bidons qu’il avait inventées précédemment , mais parce qu’il craignait qu’elle le larguerait en cas où il ne lui plaisait pas physiquement.
Pour la première fois de sa vie aussi, MERIEM laissa la place à sa conscience pour intervenir en employant la ruse et la voie de raison et en participant à son jeu en prétendant qu’elle ne le quittera pas même s’il s’avérait le bossu de notre dame de PARIS. Sentant sa méprisable personne en sécurité, monsieur le richard fixa un rendez vous pour un certain mercredi, puisqu’il ne travaillait pas (à part le business, monsieur exerçait la profession d’assistant dans une faculté de sciences de gestion à GABES et était doctorant) et que ça arrangerait même sa petite copine qui terminerait ses cours aux alentours de 13Heures.
Le jour j arriva, le cœur de MERIEM se mit à battre d’une façon inimaginable ; ça faisait tout de même deux longues années qu’elle attendait ce rendez vous avec son amoureux, bel homme et riche, elle s’apprêtait à ranger ses affaires dans l’amphi suite à un cours de management lorsqu’elle reçût un message en provenance de NOUREDINE, il lui disait qu’il l’attendait devant la faculté et qu’il portait une chemise noire rayée ; heureuse, perturbée, sonnée MERIEM plongeait dans un cercle vicieux d’hésitation et de peur mais décida finalement de faire face à la réalité et de concrétiser son couple virtuel .
Elle prit son sac à main, son classeur et sortit vite sans éveiller les soupçons de ses copines puis prit son GSM et composa vite fait le numéro de son aimable chéri, en le cherchant des yeux ,en sortant du portail de sa faculté ; ce dernier décrochait en lui disant qu’il se maintenait contre le mur avec une fleur à la main. Elle le chercha un bout de temps puis tomba sur lui, une squelette de petite taille garnie de dents jaunâtres et d’un sourire de boniface, un homme lépreux, un monstre, vêtu d’un pantalon et d’une chemisette usés de deux dinars au plus, chauve avec quelques cheveux perdus à l’arrière de son crâne de couleur blanchâtre .
Honteuse et dégoûtée, MERIEM aurait souhaité disparaître à ce moment précis de la terre entière, se disperser comme de la poussière au cœur d’un tourbillon, elle n’avait qu’une obsession dans la tête faire demi tour et changer de route pour échapper à ce scandale, aux yeux curieux et aux regards acquisiteurs fixés sur ce défiguré.
Sans réfléchir mille fois, larmoyante, elle accélérait le pas et changeait son chemin habituel sans tourner la tête et en entendant des ébauches de rire et de moqueries en provenance de quelques étudiants visant monsieur NOUREDINE, le bel homme, riche et cultivé.
Dès son retour à la maison elle éteint le GSM, le jeta sur terre et se dirigea vers les toilettes en vomissant et en pleurant sa naïveté et son innocence : elle se sentait petite, naine, gourde, conne pour avoir avalé toutes les saletés et les salades émanant de ce diable, inhumain, monstre. Le soir même, son papa lui posait la question habituelle et ,pour la première fois de sa vie, elle mentait à son père pour cacher son fiasco ,qui lui resterait à jamais gravé dans sa mémoire .Là, son papa lui annonçait qu’il avait effectué des recherches sur la personne de ce monsieur, bel homme et riche, au sein de la faculté où il prétendait exercer sa profession et même , vérifié le nom de famille et contacté tous les numéros de l’entreprise qu’il lui a filé auparavant et il qu’il s’est avéré que monsieur NOUREDINE, je ne sais pas quoi, fut inexistant , un projet chimérique d’un esprit malade qui cherchait l’amour et l’affection virtuelle qu’il ne pouvait pas déguster dans la vie réelle avec un corps de monstre d’une extrême laideur.

3 commentaires:

nvp a dit…

J'ai lu en alternant sourcils froncés d'indignation (car effectivement ce genre d"histoires" bâties sur le virtuel et le mensonge existent en masse depuis quelques années) et sourire large jusqu'aux oreilles ("dû" à certains passages, notamment celui de la description du "petit homme", hilarante!) :)

bella_ragatsa a dit…

alors t'aime bien mon style de nouvelles; ça me fait plaisir de le savoir:D

nvp a dit…

uii, j'ai omis de le mentionner :s mais suis sûre que maintenant t'en es convaincue ;)

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