jeudi 15 janvier 2009

publicité à la tunisienne

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Sur un plateau de tournage, je ne sais dans quel trou de rat, dans une maison de la Medina, à côté d’une boutique de fripe ; nous avons pris la décision de tourner une publicité pour la promotion d’un nouveau déodorant made in Tunisia ; enfin bref,ce n’est pas nous qui avons pris la décision mais le grand boss ; un moustachu qui a la cinquantaine, plein aux os, qui a monté une compagnie publicitaire il y a quelques années rien que pour défier l’un de ses amis richards qui ne cessait de le taquiner dans leurs soirées arrosées autour d’une table de poker ,en prétendant qu’à part les pâtes et les produits de consommation courante, monsieur ne saura investir dans un secteur autre que la HAMHAMA( l’agroalimentaire).
Après installation de tout le matériel, quelques têtes curieuses ont fait leur apparition sur le lieu de tournage : trois dames accompagnées d’une vieille accroupie, qui se tenait à peine sur ses pieds, et un petit garçon ; un vrai diable qui s’est mis à toucher les caméras et à mettre les micros dans sa bouche comme s’il s’agissait d’une sucette.
Fou de rage, et comme j’étais le soi-disant réalisateur, le Boss( ?) sur ce lieu vacarme, j’ai vite attrapé la main de ce petit diable et cherchant des yeux la maman parmi les trois grosses femmes, peau de vaches, je criai :
_C ‘est le fils de qui ?
Les trois échangèrent des regards naïfs entre elles puis l’une répondait :
_ Ce n’est pas le mien ! Ni celui de mes voisines !
_ça m’est égal, l’important c’est que vous quittiez tout de suite le lieu de tournage !
_Le lieu de quoi ? murmura la vieille d’un ton aigu en me fixant d’un regard terrible, c’est la maison de mon fils Rida et j’ai le droit d’y entrer quand je veux !
Là, le directeur technique, intervenait en essayant de la jouer gentleman et diplomate en parlant calmement à cette vieille sorcière :
_Madame, on n’essaie pas de te démentir, on sait que c’est la maison de ton aimable fils ; et en avalant sa salive, il continuait, il a signé un contrat avec notre compagnie publicitaire nous autorisant à exploiter sa maison style arabo moresque pour des fins publicitaires.
_Exploiter quoi ? Et publicité de quoi ?
_Une publicité pour un déodorant grand-mère !
_Déodorant ? C’est quoi ça , une créature ou une invention ?
Là, l’une des femmes éclata de rire et intervenait pour expliquer à cette vieille :
_déodorant, c’est un truc qui sert à nettoyer les aisselles de la mauvaise odeur
_ah !!!!!Parfum ?
_oui, c’est ça ! reprit la femme en souriant
Comme toutes les personnes âgées, la vieille ne cessait de poser tant des questions de tout et de rien et de nous imposer le poids de ses bavardages inutiles ;comme les gens n’ont pas besoin de publicité pour savoir mettre de la FIHA comme elle le prononçait ,que nous ferions mieux de trouver un boulot sérieux et respectable (un facteur ou un instituteur ), que son fils ne lui a pas parlé de notre soi-disant projet de location et qu’elle ne quittera pas le lieu de tournage que si elle parlerait à son fils .
Sentant le besoin de me tirer une balle dans la tête pour mettre fin à ma vie de clown et à ma carrière merdique dans la réalisation, je m’assis sur une chaise et j’appelais le Boss en dernier recours pour qu’il mette fin à cette comédie.
Après une demi-heure d’attente, le Boss pénétra la maison avec un homme costumé qui se dirigea vers la vieille en la blâmant :
_Mère pourquoi tu me causes tant de scandales, ces gens là ont loué ma maison pour trois jours pour le tournage d’une publicité
_Pourquoi tu ne m’as pas parlé de ça ?
_T’étais chez ma sœur GAMRA
_Et alors ? T’aurais pu m’appeler sur son fixe !
_Maman, ce n’est ni le moment ni le bon lieu pour parler de ça, viens avec moi dans ma voiture et je t’expliquerai tout
La vieille, ne répondit pas et suivit son fils. Le Boss s’approcha de moi et me tapa sur l’épaule en me disant :
_Voilà fiston le problème est résolu ; après tout c’est une vieille femme il ne faut pas l’en vouloir
Après cette matinée tourmentée et la perte de précieuses heures, il était temps d’entamer le travail. Pour commencer, j’ai fait appel aux trois acteurs principaux de ma publicité ; question de réviser le scénario et voir s’ils ont appris comme il faut leurs rôles. Et là, une autre mauvaise nouvelle me tomba du ciel, j’apprenais en effet que mon actrice principale venait de s’excuser en prétendant qu’elle ne pouvait pas venir à cause des ses règles douloureuses d’ici quatre jour.
Sentant la colère circulant dans mes veines je criai :
_Mais putain ! Comment je vais faire moi ! On a la maison juste pour trois jours !
Le directeur technique me coupa la parole en disant :
_Ce n’est pas grave faisant appel à l’autre fille du casting ! Elle a assuré l’autre jour !
Le Boss intervient en disant fermement :
_Il n’est pas question qu’on cherche une remplaçante pour SIRINE ! Son père est un vieil ami à moi et il serait fâché si je ferai un coup pareil à sa fille
_Mais SABRINE est plus douée et on devra lui accorder une chance , pas vraie ? disait le directeur technique en insistant
_ Pas question, c’est moi le patron et c’est moi qui décide !
_Et maintenant que ferions nous ?dirai-je en commençant de déprimer
_ On arrête le travail jusqu’à nouvel ordre !
C’était la pire journée de toute mon existence, depuis, j’ai décidé de quitter la réalisation et le monde merdique du cinéma et de la publicité en Tunisie en présentant ma candidature pour un poste d’assistant dans une faculté de lettre à la capitale. Concernant la publicité, j’ai entendu parler que le Boss n’a pas voulu encore perdre de l’argent et a fait comme d’habitude voler une publicité Française (excusez moi, selon lui un emprunt) et faire ses retouches à la parasite pour montrer un bout d’effort aux téléspectateurs Tunisiens sur le degré de transparence, originalité et créativité de la publicité tunisienne.



http://www.boosterblog.com

2 commentaires:

Ba3LeZBouL a dit…

loooooooooooooooooooooooooool....j adore

bella_ragatsa a dit…

merci

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