
Elle s’assit sur le bord de son lit et d’une voix plus à l’aise :
- Ah OK !
L’autre fille, comme si elle la connaissait , se permettait de la taquiner en disant.
- Pourquoi ce ah ok ? tu me prenais pour un mec c’est ça ?
Puis elle éclata de rire. Ranime, un peu coincée sur le coup ne trouva point des mots à tisser dans une même phrase, alors elle se taisait tandis que Sabrina prenait du plaisir à rigoler.
- T’as l’air timide toi ? Oh, comme c’est mignon ! bon, on ne se connait pas et je suis une grande gueule donc je ne veux pas te faire flipper ! puis en faisant du bruit en mâchant du chewing gum, alors on se voit demain si tu veux ?
Elle rougit, puis blêmit et reprit, avec difficulté.
- Non, non, demain je ne peux pas, je ne suis pas de Tunis !
La fille, insolemment, ne cessa de rire, à haute voix puis s’écria :
- Je le sais, pas la peine de le mentionner puisque tu loues un appartement à Tunis ! et en étouffant son rire subitement, bon, j’ai assez déconné, alors lundi ça te convient ? Tu veux qu’on se voie dans une cafétéria du centre-ville ?
- Ah non, non ! je ne connais pas Tunis moi ! s’écria Ranime effarouchée.
- Ce n’est pas grave, donc ! dis-moi alors où veux-tu me voir ?
- Dans la faculté !
- OK, comme tu veux, alors 10 h, ça te va ?
En traçant un faible sourire de satisfaction :
- Oui, c’est super !
- C’est bon alors ! puis en riant de nouveau, enregistre mon numéro , n’oublie pas !
- Non, non t’inquiète !
- OK, alors, bonne fin de soirée !
Puis elle raccrocha, et comme par hasard, la porte de sa chambre s’ouvrit subitement, et la tête curieuse de sa maman fit son apparition.
- Alors, c’était qui ?
Ranime, un peu gênée par la mauvaise manie de sa mère, d’entendre derrière les portes, s’écria.
- Comme si tu n’as pas écouté la conversation !
Sa maman, ouvra grand ses yeux, s’assit à côté de sa fille, et reprit , en jouant avec les boucles de sa petite chérie.
- Non, non, je t’assure ! j’étais juste du passage ? et en l’ offensant, de petites questions bien précises, alors elle s’appelle comment ? Elle est d’où ? Et fait quoi dans sa vie ?
Ranime s’élança et en s’éloignant de sa mère.
- Ben, je ne sais pas, je connais uniquement son prénom ! une certaine Sabrina !
En entendant cela, elle se planta résolument devant sa fille, et tout en la grondant.
- Comment ça ? Uniquement son prénom ?
En se saoulant , Ranime s’écria.
- C’est bon maman ! lundi je vais la voir et je saurai tout sur elle ! puis en ouvrant sa porte, je vais me changer alors sors !
- Tu me chasses maintenant de ta chambre ? s’exclama sa maman, en levant les sourcils, comment tu vas faire quand tu seras mariée ? hein, tu lui diras excuse moi je vais me changer ?
Sans heurter le regard, stupéfait , de sa maman, Ranime bégaya.
- Je ne suis pas encore mariée !
Elle la dévisagea avec une insistance presque inquiète puis murmura, en se déraillant du contexte.
- Avant d’oublier ! ton frère a appelé !
- Mon frère ?
- Oui , ton frère, Bayram ! s’écria la maman, un peu troublée.
Oui, oui son frère ! elle était certainement l’enfant unique, chez la famille Bouraoui. Leur seule petite fille protégée enveloppée de tant d’amour et d’affection ; une chance qu’a tout enfant unique, d’être le centre du monde et de bénéficier de l’amour de ses parents à lui seul, sans la moindre concurrence de la part d’un frère et/ ou d’ une sœur.
Toutefois, elle n’était pas leur enfant biologique, ni enfant unique d’ailleurs. Elle était la fille biologique de sa tante, Nafissa, et oui, la sœur de sa maman, et la petite benjamine dans sa famille d’origine. Elle avait, un grand frère, Bayram, de 28ans, marié déjà, depuis deux ans, et le père d’un petit gamin de 6mois ; eh oui, elle est devenue tante à l’âge de 21ans ; un autre frère de 25ans, célibataire, Houssem, encore un étudiant à la faculté de médecine de Tunis, qui avait une sœur jumelle, Bochra, elle déjà fiancée, et préparant sa thèse de master en français.
Et bien sûr, elle était la quatrième enfant, sauf, qu’elle fut conçue, dés le départ, pour l’adoption. Eh oui, ce n’était pas du tout agréable de découvrir, la raison de sa venue au monde ; une conception programmable, à autrui.
Le geste en lui-même était noble, voire humain ; une femme qui aimait tant sa sœur, et que pour participer à son bonheur d'une manière ou d'une autre, décida de mettre au monde, son propre enfant pour l’adoption.
Hadia était tellement aux anges, lorsque sa sœur accepta finalement de porter son futur enfant. Elle suivit sa grossesse, jour après jour, et l’accompagna à son gynécologue assidûment, comme si c’était elle l’enceinte, elle l’était certainement psychologiquement, et ne pouvait cacher sa joie et son excitation, qui se traduisaient par un achat de berceau, et de tout ce qui concernait la venue d’un nouveau-né.
Et l’arrivée de la petite Ranime, après une attente brulante de 9mois, fut festoyée. Surtout, une fois que les papiers d’adoption furent signés officiellement.
En réalité, cette signature, est survenue, un peu tard qu’au prévu. Ranime, avait exactement 5mois et 12jours, la première nuit où elle coucha sur son berceau, joliment décoré, où elle se sépara pour la première fois de sa vraie maman ; cette mère qui ne voulait, dans une période de faiblesse et d’émotion, emportée par son instinct maternel, tenir sa parole et confier sa fille, à sa sœur.
Conquise par des longues négociations , elle finissait par tenir à sa promesse, toutefois, et jusqu’à un an plus tard après la naissance de sa fille, elle n’arrêtait pas de la visiter quotidiennement et de passer des heures et des heures, auprès de son bébé, ce qui ne plaisait guère Hadia ; craignant, un certain attachement entre la mère et sa fille adoptive.
Heureusement pour elle, la promotion de l’époux de sa sœur survint juste à temps. Et à contrecœur, elle s’éloigna , géographiquement, de sa petite fille, pour finir dans une belle maison louée à Hammamet. Ça, c’était, il y a une vingtaine d’années. Après ceci, de quelques années, son père biologique, devint un directeur dans la chaine hôtelière Elmouradi, où il bossait, et son salaire se tripla, et finit par acheter la maison.
Après cela, les visites de Nafissa, se raréfiaient, et puis survint, entre les deux sœurs, une longue bagarre, concernant l’héritage, de la maison de leur enfance, après le décès de leur mère, et le malentendu familial ,finissait entre les bras de la justice.
Ce n’est que ces trois dernières années que la relation entre les deux sœurs sembla s’améliorer et qu’elles reprenaient contact, suite au mariage de Bayram, pour apparaitre comme une grande famille soudée aux yeux des gens.
Mais concernant Ranime, elle a appris pour son adoption un peu tôt. Elle avait presque 11ans, et entendit toujours le mot adoption, un peu partout, où elle passait, comme si les gens de son quartier n’avaient rien à foutre à part empoisonner son enfance, et se mêler de sa vie.
Mais la première fois, où elle entendit ce mot bien employé dans une phrase significative, fut à l’âge de 13ans. Elle avait une voisine, désagréable, une veuve, qui ne cessait de provoquer sa mère, et de chercher à l’embêter sans arrêt et sans raison aussi.
Elle était jalouse d’elle et l’enviait pour tout, même pour son mari, et trouva, un certain délice à lui rappeler sa stérilité, publiquement.
Un jour, en rentrant chez elle un peu tôt, Ranime assista à une bagarre en live et fut choquée par la découverte officielle de son adoption. Elle n’était pas si surprise, elle avait bien des doutes avant cela, mais refusait de s’y soumettre.
Cette découverte aussi, fut l’un des facteurs la poussant au bras de la solitude, et à se renfermer de plus en plus dans son petit monde à elle. Étant l’unique fille, dans son petit entourage, vivant avec des parents qui ne sont pas les miens, elle passait les plus belles années de son adolescence, dans sa chambre, où elle dévora tous les livres, tombant entre ses mains, et se confia à son cahier intime, où elle dévoilait ses sentiments, ses moments de joie et ceux de sa tristesse et amertume.
Le cœur palpitant de haine et de colère à l’égard de sa mère biologique, elle évita toujours de la voir chaque fois où elle vint leur rendre visite, et trouva toujours, une solution pour s’esquiver, comme si elle l’en voulait à elle et à son papa, de l’avoir abandonnée.
C’étaient presque ces mêmes raisons, qui ont renforcé son amour et son affection pour ses parents adoptifs ; elle espérait, peut être se venger de ses vrais parents, en aimant profondément , les deux êtres , qui ont embelli sa vie, d’un rayonnant arc-en-ciel d’amour et de bonheur.
- Qu’est ce qu’il veut ?
- Il voulait avoir de tes nouvelles ! puis en traçant un faux sourire, et comme il vient de rentrer de Paris, il voulait que tu passes chez lui, à Hammamet, récupérer les quelques affaires qu’il a achetées pour toi !
Ranime traça, un faible sourire pour tenter de cacher son mécontentement puis murmura.
- C’est très gentil de sa part, mais je n’en veux pas !
Puis ferma , violemment la porte de sa chambre et la verrouilla de l’intérieur, face au regard pendulant de sa mère.



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