lundi 4 mai 2009

Le messager de la mort

Partager Un jour, c’était pendant le mois de Ramadan, une heure tout juste avant que les rues ne deviennent délaissées et abandonnées par la majorité des gens essoufflés pour revenir chez eux avant le coucher du soleil .Mahmoud venait de sortir du métro, il tenait d’une main un sachet plein de dattes et de l’autre , quelques dossiers concernant le boulot qu’il n’avait pas pu achever à temps et qu’il comptait le terminer une fois arrivé chez lui.
Avant de traverser la rue, il entendit une voix jeune et tremblante l’appeler, il tourna la tête si vite et découvre son interlocuteur ; un petit gars, à un mètre de langueur, portant des habits usés et une casquette qui cachait la moitié de son visage ; mais ce qui l’avait vraiment intrigué et surpris ce sont les yeux grises de ce petit garçonnet ; il s’arrêta un moment et parlait au garçon :
- Tu veux quoi petit ?
- J’ai trop faim monsieur ! ça sera aimable de ta part si tu me donnes quelque chose pour assouvir mon pauvre estomac ; ça fait quelques jours que j’ai rien mangé !
Mahmoud mit sa main dans la poche de son pantalon et sortit une pièce de un dinar , il la lui donna puis marmottait , en avançant quelques pas vers le passage des piétons :
- Tiens achète toi du pain, de la harissa et des bonbons ! je crois que le dinar suffit pour ça à nos jours !
Il prit la pièce puis regarda Mahmoud de nouveau et sans le remercier il persistait :
- Je veux que tu me donnes tes dattes !
- Quoi ?
- Les dattes, ça fait longtemps que je n’y ai pas goûté !
Mahmoud souriait et comptait lui filer une partie de ses dattes mais le petit gars lui arrêta et lui précisa insolemment :
- Non ! je veux toutes tes dattes !
- Toutes les dattes ? et bien mon garçon je crois que tu deviens cupide là !
Le petit riait et continuait :
- Cupide pour avoir désiré tes dattes ?
- Bon mon garçon, il commence à faire tard, je te laisse maintenant et bon appétit !
Il regarda à droite et à gauche avant de traverser la rue mais le petit, qui boitait n’arrêtait pas de le suivre et là , énervé, Mahmoud s’arrêta devant un poteau et cria :
- Arrêtes de me coller , petit morveux , et de me suivre partout comme mon ombre ; je t’ai donné de l’argent , qu’est ce que tu veux de plus de moi ?
- Je veux tes dattes !
Pour mettre un terme à cette poursuite qui commençait à le gêner et à le perturber, Mahmoud lui jeta le sachet à la figure et lui cira :
- Bouffe les et bon appétit ! Et surtout fiche moi la paix, je ne veux plus te croiser sur mon chemin !
Le petit gars souriait et disait à Mahmoud après avoir goûté quelques dattes :
- Mumm ! ils ont un goût exquis tes dattes ! mais bon je dois te remercier à ma manière !
- Me remercier ? non je n’en ai pas besoin de tes remercîments ! j’ai ma femme enceinte qui m’attends à la maison et qui désirait les dattes depuis quelques jours mais bon elle les mangerait une autre fois sûrement !
Puis il jeta un dernier regard au petit et fit un pas à l’avant , mais les paroles du garçon lui tétanisèrent sur place, il lui disait d’une voix froide comme la mort :
- Tu mourras monsieur très bientôt !
Sonné de la voix ferme du petit, il lui attrapa par le bras violement et le menaçait :
- Si tu ne disparaîtrais pas de mon chemin tout de suite , je jure devant dieu de te tuer de mes mains nues !
Le garçonnet bizarre éclata de rire et disait en se moquant :
- La mort est la destinée des humains !
- Et t’es quoi toi ? cria Mahmoud en riant d’une voix hausse, Ezrael ?
- Non , disant plutôt son subordonné ; le messager de la mort !
- A dieu ne plaise !
- Je ne rigole pas monsieur ! je suis bien le messager de la mort et tu mourras dans trois jours mais comme tu étais si généreux avec moi, il fallait que je fasse quelques choses pour te rendre hommage d’avoir était si bon avec moi !
- Quel hommage ! je me demande quel péché j’ai commis aujourd’hui pour tomber sur un nain maudit comme toi !
- Plutôt , estime toi heureux de connaître à l’avance l’heure de ta mort , ce qui n’est pas une chose courante dans le monde des humains ; tu pourras ainsi faire tes adieux à tous ceux qui t’aiment ; tu as encore trois jours devant toi alors profite en !
- Va te faire voir sale créature !
Puis il partait en précipitant le pas sans regarder derrière lui comme s’il voulait s’enfuir d’un cauchemar qui le hantait. Le soir, il n’arrivait pas à s’en dormir ni à fermer l’œil :les paroles du nain maudit bouillonnaient dans sa tête et lui frustraient grave . il n’avait que trente ans ; un jeune homme qui venait tout juste de se marier il y a six moi , et qui venait de renouveler son contrat de travail dans l’une des banques les plus connues à Tunis ; un jeune homme qui louait un bel appartement au Manzah 6 dans un quartier Bourgeois et qui attendait la naissance d’un petit garçon , naissance qu’il venait d’apprendre depuis la dernière consultation de sa femme auprès de son gynécologue , une jolie fille de bonne famille . Il avait tout et s’estimait heureux d’avoir fondé une famille si vite et surtout de devenir un homme respectable aux yeux de la société ; mais l’appariation de ce maudit nain mit terme à son rêve Tunisien typique de mener la belle vie.
Il ne racontait rien de ce qui est arrivé avec lui l’après midi à sa femme de peur de l’effrayer et que cela eût n’importe répercussion sur sa grossesse et préférait déguster l’amertume et la peur tout seul comme un brave homme.
Le lendemain, à la même heure et en descendant du métro , il tomba sur le même petit bonhomme, il fit comme s’il ne l’a pas vu mais le petit le suivait partout où il allait ; même en changeant son chemin habituel , le petit n’hésitait pas à le pourchasser dans une ruelle un peu abandonnée et là , Mahmoud s’arrêta et décida de faire face au petit :
- Je jure devant Dieu de te tuer si tu n’arrêtes pas de me suivre !
- Je veux seulement te faire une proposition où plutôt être plus généreux avec vous !
- Généreux , comment ça ?
- Tu sais maintenant que tu mourras dans deux jours mais tu ne sais pas comment tu vas mourir !
- T’es vraiment damné toi !
- Je suis sérieux là ! je veux vraiment que tu choisisses la mort la plus apaisante pour toi !
- Je ne veux pas mourir moi ! cria Mahmoud d’une voix hystérique, si tu veux vraiment me rendre hommage cesse de me répéter que je vais mourir !
- Je ne suis qu’un simple employé de Ezrael ; tu figures dans la liste des personnes qui devront mourir pour ce vendredi ; je n’y peux rien pour toi ! par contre si Ezrael apprendra que je t’ai dévoilé ta mort il me punira !
Mahmoud mit ses mains sur ses oreilles, une manière implicite pour éviter d’écouter ce petit gars, comme si il s’agissait d’une voix qui lui hantait l’esprit et non pas d’une présence physique fantomatique ; puis arrêta un taxi et partit en entendant la dernière phrase du garçonnet :
- Réfléchis bien cette nuit et demain donne-moi ta réponse !
Une fois que le taxi disparut au cœur de la circulation, le petit homme traversa la rue et pénétra la cafétéria en face de la station de métro et s’approcha d’un monsieur, la trentaine, fumant une cigarette, et riant d’une voix hausse :
- Alors tu lui as filé la peur de sa vie !
Il s’assit en face de lui et répondait avec un peu de regret :
- Je crois que tu vises trop loin ton coup !
- Oh ! arrêtes je veux seulement m’amuser un petit peu ; c’est mon cousin chéri et mon pote de toujours, il est seulement un peu naïf et croit tout ce que on lui dit !
- Oui mais une farce pareille elle est lourde à digérer !
- Mais non, ne te fais pas de souci pour lui ! demain il saura que ce n’était qu’un coup monté par le fils de sa tante Najiba ! face au jeun, il faudra bien trouver un moyen pour passer le temps et s’amuser !
Le petit gars frotta ses yeux avec la paume de sa main puis persistait un peu sur les nerfs :
- Tes lentilles de merde me font piquer des yeux !
- Mahmoud a toujours cru tout petit que les anges ont des yeux gris c’est pour ça que je t’ai demandé de les mettre !
- Ecoute c’est la dernière fois que je t’aiderai à monter un coup !
- Arrête d’avoir peur !
- Il n’arrêtait pas de me menacer de me tuer !
- Mais non ! ne sois pas si con que lui , c’est une façon de parler c’est tout !
Le petit bonhomme souriait et disait comme s’il se rappelait de quelque chose :
- Le plus drôle ce qu’il me prenait pour un petit garçon !
- Je t’avais dit qu’il est trop naïf !
- Oui ça je l’ai bien constaté !
Puis les deux se mirent à rire.
Le jour suivant, à la même heure, le petit bonhomme se maintenait debout auprès de la station de métro en attendant l’arrivée de Mahmoud, après quelques minutes, ce dernier apparut dans la foule et le nain s’approcha de lui et disait :
- Alors tu as bien réfléchis !
- Oh mais arrêtes de me suivre sale ordure !
- Il te reste une journée à vivre donc donne moi ta réponse immédiatement !
Mahmoud s’arrêta et cria hystériquement en attrapant le maudit nain par la manche de sa chemise :
- Je ne vais pas mourir ! je ne mourrai pas ! et ton dieu ne pourra pas me tuer ni aujourd’hui ni demain ! alors casse toi sinon je te jetterai sous les railles dés que je vois un métro passer !
Et puis il se tait un moment , et reprit en rigolant d’une manière ironique :
- Tu sais quoi ! la mort que je souhaite vraiment serait d’être écrasé par une voiture, une belle BMW ou Mercedes , comme ça ma femme toucherait au moins de l’argent de l’assurance !
- Ok ! tu l’auras ! disait le petit bonhomme !
- Alors fais en sorte que je meurs maintenant !
Il terminait sa phrase et traversa la rue la tête tournée vers le petit bonhomme, puis entendit le klaxon d’une camionnette dont le chauffeur, essayait de freiner en dernier moment . Mais il fut trop tard , et la camionnette finissait par heurter violemment Mahmoud , qui fit un semi vol de quelques mètres , puis finit par terre , gisant dans son sang , les yeux complètement ouvertes et la mâchoire complètement fracassée.
Le petit bonhomme , choqué, disparut dans la foule qui venait observer l’accident. Quant au cousin , il sortit vite de la cafétéria et s’approcha de la foule, et se mit à regarder, tout tétanisé sur place , son pote de toujours bien allongé par terre et les gens qui disent :
- Il est mort ! le pauvre il est si jeune !
Et le chauffeur qui répétait à un agent de police, tout terrorisé :
- Je te jure devant Dieu que c’est lui qui m’est sorti de nulle part ! j’ai essayé de freiner mais il était tard !
- on en parlera au poste tout à l’heure !

9 commentaires:

zizou a dit…

Je ne pense pas que de prévoir sa propre mort soit un inconvénient
Je suis déjà mort une fois On y survit parfois et franchement même si la mort n'est pas toujours agréable y survivre et franchement enrichissant.....

zizou

bella_ragatsa a dit…

wé ce n'est pas un inconvénient mais ce n'est pas une joie non plus!

zizou a dit…

à vous de dire ki est le coupable?

zizou

bella_ragatsa a dit…

faut pas défier la force divine:P

zizou a dit…

la force divine c'est féminin........non

bella_ragatsa a dit…

arrête ton comportement macho:P

zizou a dit…

Mdr ! mais t'inquiètes pas ! je suis macho juste par " humour " et " pour " faire rire " mais en vrai je suis pas macho

bella_ragatsa a dit…

très intéressant !P

zizou a dit…

tes propos me font penser le contraire!P

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